L'histoire du Sabbat (1), par Jean Luc Chandler (28.04.2008)

1095806759.jpgJoseph Bates est le champion du sabbatisme au sein de l’adventisme. Entre août 1846 et janvier 1849, il publie quatre fois le livre, Seventh day Sabbath, augmenté à chaque nouvelle édition. Dans l’esprit des baptistes du septième jour, le sabbat est simplement le jour correct d’adoration mais pour l’adventiste Bates, il est bien plus que cela. C’est un jour de joie, d’actes de bienfaisance, un mémorial de la création, une fête de la famille, un avant-goût du ciel, une vérité biblique à restaurer et un élément clé de la trame prophétique. Pour lui, l’histoire et la théologie sont indissociables. Cette approche influencera les études des chercheurs adventistes sur le sabbat. Elle aboutira à trois observations historiques et à une perspective eschatologique. Nous présentons ici un résumé très compact des recherches entre 1846 et aujourd’hui.

Le changement du jour du repos

La première observation historique des chercheurs adventistes est que la pratique chrétienne générale du sabbat a progressivement été abandonnée après la mort des apôtres. Citons quelques ouvrages de référence  : History of the Sabbath de John Andrews, Du sabbat au dimanche de Samuele Bacchiochi, ou The Sabbath in Scripture and History de Kenneth Strand.
L’historien Flavius Josèphe a indiqué que les sabbatistes (les Juifs et les chrétiens) étaient disséminés à travers tout l’empire romain. Après la mort des apôtres, des chrétiens ont cherché à se dissocier des Juifs. Pour une raison toute simple ! Entre l’an 66 et la moitié du II ème siècle, l’Empire romain a mâté plusieurs révoltes juives dans le sang. Ne faisant aucune distinction entre les Juifs et les chrétiens, les autorités romaines (généralement tolérantes envers les religions) les ont persécutés. La méprise est facile : les deux groupes observent le sabbat, ils ont les mêmes pratiques alimentaires, ils refusent de vénérer les idoles, d’offrir de l’encens aux autels dédiés au culte de l’empereur et de proclamer que « César est seigneur ». Par contraste, seul « le Christ est Seigneur » est le cri de ralliement des chrétiens.   
Ignace, l’évêque d’Antioche en Syrie, a rapporté que pour se démarquer du Judaïsme et se rendre plus acceptables aux yeux des autorités romaines, les dirigeants chrétiens de Rome et d’Alexandrie ont transferré le culte de leurs assemblées du septième au premier jour de la semaine – appelé le dies solis, « le jour du soleil », chez les romains – vers l’an 115. Ce changement local va paver la route aux empereurs romains pour introduire un changement général deux siècles plus tard.
Les persécutions n’ont fait qu’accroître le nombre des chrétiens dans l’Empire. Selon Tertullien, un père de l’Eglise, « le sang des martyrs est une semence pour l’Evangile ». Aussi l’empereur Constantin décide de changer de tactique. En 313, il déclare le christianisme une religion légale. Il offre le soutien du trône et l’argent du Trésor public aux chrétiens. En 321, il va plus loin. Il promulge le dies solis à la place du sabbat comme le jour chrétien de repos, une habile manoeuvre politique pour s’assurer la double allégeance des chrétiens et des païens. Il n’y a plus de choix de seigneurie, Christ ou César, mais à la place un compromis alléchant : Christ et César.

Après deux siècles de controverses et d’observations de deux jours de repos durant la semaine, d’une transformation du sens du sabbat par des jeûnes répétés et imposés le samedi – ce que les premiers chrétiens et les Juifs n’ont jamais fait - pour en faire 24 heures de tristesse, et non de célébration des oeuvres de Dieu, l’observation du sabbat disparaît progressivement chez la plupart des chrétiens au début du VI ème siècle. 

 

L’adoration universelle du Dieu-du-ciel
La seconde observation, historico-anthropologique, est que l’adoration du Dieu unique a été universelle aux débuts de l’humanité. Les anthropologues feront la même constatation – mais peu voudront l’avouer - que les missionnaires chrétiens, à savoir que « 90% des religions tribales dans le monde sont imprégnés de présuppositions monothéistes » (Don Richardson, L’éternité dans leur coeur, p.49). Les chercheurs chrétiens, qui acceptent l’historicité des récits de la Genèse, concluent que l’adoration universelle d’un Être suprême a déviée et a dégénérée, après l’épisode de la tour de Babel et la dispersion mondiale qui suivit, vers celle de la nature (le panthéisme), ce qui a conduit au culte des éléments naturels (le polythéisme) comme le ciel, la terre, la mer, le soleil, les étoiles, les rois ou les héros de l’antiquité.  
On retrouve une constante dans de nombreuses cultures : l’existence d’une divinité primitive, le plus souvent appelée « le Dieu-du-ciel », qui a les mêmes attributs que le Dieu de la Bible : un Créateur de toutes choses, éternel, omniscient, omnipotent, compatissant et juste. Comme dans la Bible, certaines tribus l’appellent « l’Eternel ». Dans une recherche, reconnue pour sa qualité, sur les cultures dites « primitives » comme les tribus amérindiennes, aborigènes ou africaines, l’anthropologue Wilhelm Schmidt a compilé durant la décennie 1930 tous les « allias du Tout-Puissant » dans le monde. A sa stupéfaction, il a dû écrire six livres et 4500 pages pour les détailler tous. Depuis, plus de mille autres exemples ont été découvert. Un fait embarrassant pour les penseurs rationalistes – et mis sous silence ! Car il dément la théorie qui affirme, à l’instar du récent roman Abraham de René Guitton, que le patriarche a inventé Dieu.

         

La préservation du sabbat
La troisième observation, historico-anthropologique, soutient que les récits des évènements antérieurs à la dispersion mondiale (Genèse 11.8-9) ont été préservés dans de nombreuses cultures à travers le monde. Des centaines de traditions du monde entier rapportent l’histoire de la création et du déluge sous des formes déformées et corrompues par le panthéisme et le polythéisme des religions locales.
Les chercheurs chrétiens concluent que ces récits bibliques ont été transmis par Noé aux post-diluviens. Dans certains cas, leur transmission originale est pratiquement restée intacte. Dans l’ouvrage Genesis and the mystery Confucius couldn’t solve, Ethel Nelson et Richard Broadberry décrivent le déchiffrage des premiers scripts chinois. A leur surprise, ils découvrent que l’écriture chinoise a été inventée pour consigner l’histoire des évènements rapportés dans Genèse 1-9, un livre probablement écrit par Moïse sept siècles plus tard. Les pictogrammes racontent la création du monde, la chute, la promesse d’un Sauveur et le déluge dans les mêmes termes que la Bible. Le nom ShangTi, l’unique divinité en Chine lors de sa fondation en 2205 av.JC (deux siècles avant Abraham !), est phonétiquement similaire à El Shaddaï, un des noms hébreux de Dieu, notamment dans le dialecte cantonnais qui le prononce ShangDaï.

Les chercheurs adventistes notent que le sabbat a été mondialement préservé à travers les siècles. Des ouvrages comme The Almost Forgotten Day de Mark Finley ou Sabbath Root de Charles Bradford par exemple l’attestent abondamment.
En Asie, des gens ont observé le sabbat pendant des siècles, notamment en Inde, en Perse (l’Iran) et en Chine. Les chrétiens de St. Thomas, les Nestoriens, les Jacobites, les Maronites, les Arméniens et des Kurdes étaient connus pour leur sabbatisme. En Inde, des moines bouddhistes du III ème siècle ont été  sabbatistes. Au XIX ème siècle, les Taipings de la Chine ont affirmé que leur observation du sabbat remontait à l’époque de leurs ancêtres. Selon un proverbe chinois, le sabbat est un mémorial : « le septième jour qui revient ».
A travers l’Afrique, de nombreux peuples ont observé le sabbat (parfois jusqu’à aujourd’hui), au moins depuis l’époque de Salomon, qui l’a transmis lui-même à la reine de Saba, et donc à l’Ethiopie via l’Arabie. L’Eglise chrétienne d’Ethopie est le seul groupe chrétien dans le monde à avoir observé le sabbat sans discontinuer de l’époque des apôtres à aujourd’hui. Les Abyssiniens, les Falashas d’Ethiopie, les Akans et les Ashantis du Ghana, les Yorubas du Nigéria ou les Coptes d’Egypte et d’Ethiopie, étaient réputés pour leur sabbatisme. Au point qu’Onyamee, le Dieu-du-ciel des Akans, signifie « le Dieu du samedi ». Certains esclaves africains déportés aux Amériques et en Arabie étaient des sabbatistes.
En Europe, plusieurs groupes chrétiens ont été sabbatistes, notamment les Celtes, les Pasaginis, les Vaudois, les Bohémiens et les baptistes du septième jour. A différentes périodes de l’histoire chrétienne, le sabbatisme a touché la Grande-Bretagne, l’Irlande, la France, l’Italie, la Suisse, l’Allemagne, la Scandinavie, la Grèce, la Russie et la Hongrie.
Aux Amériques, bien avant les voyages de Christophe Colomb, Maniilaq, le chef d’une tribu de l’Alaska, a converti tous ses sujets au sabbatisme après avoir reçu des visions sur le sabbat, la nouvelle terre et la venue glorieuse future de « Celui-qui-est-d’En-haut ». Ce fait est attesté dans les parchemins de la Compagnie commerciale de la baie d’Hudson et la tradition orale amérindienne. Pendant plusieurs siècles, les Sioux, les Cheyennes et d’autres tribus amérindiennes se sont transmis la prédiction que le Créateur viendra purifier la terre. Aux Etats-Unis, le comte Nicolas de Zinzendorf, le fondateur de l’église morave, a dirigé sa congrégation sabbatiste de Bethléhem en Pennsylvanie.    

                                   
Une vérité à restaurer
Joseph Bates est le premier sabbatiste qui présente une perpective eschatologique du sabbat. Il en est profondément convaincu : Dieu a préservé la Bible et les vérités oubliées comme le sabbat d’une totale disparition et de toutes les attaques. Il a mis tout en oeuvre pour disséminer sa connaissance dans le monde. Salomon indique que Dieu « a implanté au tréfonds de l’être humain le sens de l’éternité » (Ecclésiaste 3.11). Plus tard, Ellen White affirmera que des « parcelles » ou des « gemmes précieux » de vérité ont été préservés dans de nombreuses cultures mais qu’une connaissance complète de Dieu sera proclamée partout dans le monde durant le temps de la fin.
A la lecture d’Apocalypse 12.17-14.13, Bates conclut que toutes les vérités bibliques seront restaurées avant le retour de Jésus. Que le sabbat sera au coeur du débat : « A qui doit-on donner son allégeance ? A Dieu ou à l’homme ? » Avec l’énergie qui le caractérise, Bates s’efforcera de présenter ce message. D’abors aux millérites. Puis au reste du monde.

00:00 Écrit par fades | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : sabbat, joseph bates, historique | |  Facebook