Retour sur la question Sikh (16.04.2006)

Rappelez-vous, le 6 mars Le Conseil d'Etat rejette la requête présentée par l'association United Sikhs demandant la suspension de la circulaire du Ministre des transports, de l'équipement, du tourisme et de la mer du 6 décembre 2005 qui prescrit la fourniture d'une photo tête nue pour l'établissement ou le renouvellement d'un permis de conduire. Voilà qui suscite quelques questions.

La chasse aux signes religieux dans une conception fondamentaliste de la laïcité entraîne des comportements et des prises de décisions qui interrogent. Rappelez-vous de ce sapin de Noël mis à l’extérieur d’une école, ou encore de ce repas de Noël débaptisé ! On constate également la mise à l’index de groupes qui vivaient pleinement le jeu de la Répubique. Parmi eux les Sikhs, sur lesquels de nombreux articles furent réalisés. D’ailleurs, combien d’entre nous, avant cet épisode connaissait l’orthographe du mot S.I.K.H. En tous les cas, cet épisode nous montre bien, que trop d’interventions dans l’espace religieux entraînent des dommages collatéraux, qui cachent des drames existentiels en raison des contresens de certaines décisions politiques.

Les Sikhs sont connus pour ne pas entraver l’ordre social. Leur choix religieux de recouvrir la tête ne posait pas jusqu’à la nouvelle réglementation sur les signes religieux de problème. Il me semble que le rejet de la demande des Sikhs de ne pas se laisser photographier tête nue pose différentes questions ?

  1. Que peut porter de nouveau une photographie tête nue ? Soyons concrets. Pourquoi des individus que nous arrivions à reconnaître parfaitement il y a quelques mois, ne seraient plus reconnaissables désormais ? C’est la loi qui guide nos yeux, qui aide nos cerveaux à décrypter les particularités d’un visage ?
  2. L’acceptation des Sikhs de jouer le jeu de la République ne se trouve pas récompensée, sous prétexte de laïcité. N’est-ce pas le contraire de l’espace commun des différences que doit permettre la loi ? Bien qu’il soit délivré par le Ministère des Transports, le permis de conduire demeure un document administratif avec des caractéristiques personnelles. L’individu n’est certes que son détenteur, mais il s’y associe, s’y identifie. Comment peut-on alors demander à un individu, dont le visage est largement indentifiable (là est une différence fondamentale avec la question du voile), d’avoir tantôt un regard sur lui la tête légèrement couverte, et tantôt une acceptation de soi qui passe par une identité qui n’apporte rien de plus à son identification ?
  3. L’Etat est-il crédible ? Le permis de conduire n’est pas un espace commun. Comment arriver à croire qu’il peut être soumis, encore une fois pour des individus que l’on peut facilement identifier sans se tromper, à l’obligation d’une photo tête nue ?
  4. Il ne faut pas se cacher, que les influences paranoïaques du 11 septembre et sur le monde musulman sont sous-jacentes à cette nouvelle réglementation. Si par ailleurs il ne faut pas nier qu’il faille traiter ces deux problèmes, ce n’est pas en faisant supporter à des individus qui ont jusqu’ici, plus que de nombreux jacobins acceptés les contraintes et les joies de la laïcité, les phobies de notre temps, que les problèmes vont se solutionner.

Je crains que bientôt on demande aux Rastas de se raser le crâne pour être identifiés. En tous les cas, bien qu’absurde une telle proposition serait en droite ligne avec l’injustice que subit les Sikhs. La chevelure de nombres Rastas pratiquants, forme une coiffure religieusement connotée. Et la barbe !! Pourquoi figurerait-elle sur une photo officielle. Certains diront qu’il s’agit d’un élément naturelle et non d’un accessoire. A ceux-là, il suffit de conseiller de simplement se demander pourquoi tous les noirs n’ont-ils pas une chevelure de type rastafari. Plus que l’accessoire c’est le sens que nous donnons à une pratique qui l’emporte. De fait, de façon à ne pas tomber dans l’esclandre, de grâce, moi qui suis noir, non sikhs, je plaide pour que l’on laisse aux sikhs la chance de continuer à nous démontrer que la République est un espace où le vivre ensemble dans les différences est possible

 

Pour info : http://perso.wanadoo.fr/droitdesreligions/

Ordonnace commenté du jude : Document en wrd

17:10 Écrit par fades | Lien permanent | Commentaires (10) | Tags : Sciences Humaines, Sociologie, Droit et religions | |  Facebook