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Le rejet silencieux et croissant de la dîme (II) : Un frein au développement économique politique et social.

Nous continuons à présenter les arguments d’adventistes opposés à la dîme et qui ne participent plus au financement de l'Eglise adventiste du septième jour par ce biais. Dans la note précédente nous présentions une synthèse incomplète des arguments synthétisés d’adventistes qui rejettent la dîme autour de sept points. Cette opposition n’est pas une action collective. Il y a une véritable tension chez les opposants à la dîme. Ils veulent être cohérents avec leur vision négative et refusent de financer l’adventisme par la dîme, mais ils se rendent compte qu’une adhésion massive à leur position serait source de déstabilisation de la SDA. De fait, ils veillent à garder privé leur choix, à ne pas se coaliser. C’est en ce sens que l’on ne peut pas parler d’action collective. Tout semble fait pour l’éviter. Il s’agit de choix individuels, intimes, privés. De fait, le rejet de la dîme par des adventistes ne peut pas être considérer comme une action qui vise à une protestation politique globale.
J’indiquais qu’une autre raison, découlant des sept précédentes devenait importante. Il s’agit d’un rejet de la dîme en raison d’une lecture politique de cette dernière dans le cadre du développement économique et social. Plus précisément il s’agit d’une perception de la dîme comme un outil de la domination économique et social dans un mode libéral, postocolonial. Comprenons de quoi il s’agit et des conséquences.

La dîme : 3,2 milliards de dollars US.
La critique envers la dîme au sein de l’Eglise adventiste du septième jour par de plus en plus de membres s’appuient sur une diversité d’arguments. Nous en avons présenté schématiquement quelques-uns qui reviennent avec récurrence. La dimension politique est de plus en plus importante et c’est dans les pays dits du protestantisme du sud que cette dernière émerge. En 2018 la dîme a atteint la somme de 3,2 milliards de dollars soit une progression de 3,6% selon Juan Prestol-Puesán, lors de la présentation du rapport financier en avril 2019. Au regard de cette somme importante qui permet le fonctionnement administratif de la SDA et son développement, des adventistes des Pays En Développement (PED) et des pays pauvres, s’interrogent sur une meilleure optimisation de leurs dons, au bénéfice de leurs besoins économiques et locales.

Une privation de ressources locales.
L’Eglise adventiste du septième jour via ses agences et associations dont l’ADRA participent au développement et à divers actions humanitaires et économiques pour le développement dans PED. Ces actions ne sont pas financées par la dîme mais par des dons spécifiques, des offrandes. Elles résultent donc d’un don supplémentaire, non obligatoire, laissé à la libre appréciation des membres.
Les détracteurs mettent en évidence ici une incohérence. La dîme par son caractère obligatoire et proportionnel va attirer l’essentiel des dons des individus vers le développement de l’adventisme où les contraintes bureaucratiques sont nombreuses. Le financement des actions humanitaires bien qu’important ne sera pas privilégié. Il ne s’agit d’opposer, l’un l’autre naïvement, car le développement administratif (l’évangélisation) et humanitaire sont liés inextricablement. Cependant dans des économies où vivre en dessous du seuil de pauvreté est une réalité massive, ne serait-il pas plus logique, biblique, de ne pas ponctionner la dîme et laisser de tels revenus aux membres ou, sur place, les concentrer et utiliser. Payer la dîme pour qu’elle soit gérée, orientée, par l’administration centrale adventiste aux USA, loin du terrain fait de plus en plus réagir.

Des demandes de suspension du paiement de la dîme
Ainsi, on voit de plus en plus circuler sur les réseaux sociaux des pétitions, des courriers, demandant à la Conférence générale, de manière temporaire, d’accepter de sursoir à la perception de la dîme afin de permettre aux populations locales d’obtenir des moyens supplémentaires de développement. Cette demande, bien pensée, s’accompagne de propositions de gestion sur place par l’administration adventiste locale des fonds en faveur d’action sociales et économiques (Construction d’école, investissement dans le social, accompagnement des investisseurs…).
Cette demande revient à réorienter ontologiquement la dîme vers les offrandes. Mais c’est la finalité qui est mis en avance, à savoir un investissement plus efficace localement pour le développement et la lutte contre les inégalités.
Bien que l’administration adventiste reste jusqu’à ce jour muette face à cette demande croissante, elle ne pourra faire fi trop longtemps en cette période où la quette d’égalité et de développement traverse les sociétés.
En 2005, je proposais de considérer symboliquement, pour l’analyse, l’Eglise adventiste du septième jour comme une multinationale du religieux. Nous pouvons aller plus loin dans le symbole économique en parlant de franchise. La dîme dans ce cas pourrait être assimilée à la redevance du franchisé envers le franchiseur. De fait, en demandant de suspendre le paiement de la dîme, les détracteurs essentiellement des jeunes comme c’est le cas en Haïti, poussent à repenser le système économique adventiste.

Un outil de domination postcoloniale
En Afrique, la montée des discours contre les politiques postcoloniales a des effets sur les réfractaires à la dîme. Ici la dîme est présentée comme un moyen de domination. En effet, en ponctionnant des moyens économiques dès PED vers les USA, elle amplifie la dépendance dans une logique libérale. La dîme, contrairement aux ambitions affichées serait ainsi un outil postcolonial de la domination économique, social, et religieuse. Ici c’est une lecture politique de la dîme, voire géopolitique qui est proposée. Même les actions humanitaires de la SDA n’échappent pas à la critique. C’est d’ailleurs la même qui est faite plus globalement à l’assistance humanitaire venue des pays riches. Dans cette perspective, l’humanitaire (y compris adventiste) est vu comme une politique postcoloniale qui amplifie la dépendance. Elle empêche un développement endogène. Surtout elle est la main qui pense les plaies venues du libéralisme, l’autre main du postcolonialisme. En d’autres termes, il suffirait pour les défenseurs de cette logique, d’annuler la domination postcoloniale pour qu’un développement économique se réalise et rende ainsi caduque toute aide humanitaire.

Appliquée à la dîme cela revient donc à considérer qu’il suffirait d’annuler le versement de la dîme et plus largement de tout financement de groupes religieux exogène à la culture locale, pour bénéficier de fonds en faveur du développement local. La nécessité d’avoir donc une action sociale religieuse diminuerait ou disparaitrait.

 

Ce que l’on peut retenir des détracteurs qui opposent dîme et développement

La dîme est de plus en plus considérée comme une privation de ressources économiques. Sa base théologique étant fragilisée et surtout son caractère obligatoire vu comme une privation de pouvoir d’achat, la dîme est de plus en plus vécue comme un frein au développement local. Elle semble devenir pour certains adventistes, souvent très éduqués et diplômés, un outil qui s’est refermé sur lui. Il permet le fonctionnement administratif, le développement en s’éloignant de la prise en compte des attentes élémentaires d’égalité, d’équité, de développement local. Sa critique pousse la SDA à revoir son modèle économique.

Pour l’heure telle n’est pas la perspective. Mais la montée des crises au sein de la gouvernance adventiste, sous toutes les latitudes ne pourra empêcher cette organisation religieuse à repenser son modèle économique. Cela a évidemment des conséquences théologiques majeures. Nous reviendrons sur les crises actuelles en espace francophone de la SDA par la suite.

Commentaires

  • Bonjour, très intéressant, je suis pasteur non adventiste, il faut se conformer à l'écriture et plus particulièrement 2 Cor. 8 et 9, nous ne sommes plus sous la loi, dans mon église certains donnent selon leurs moyens 5 % ,d'autres au delà vers 15/20 %
    Agissons en liberté comme le texte le dit.
    Philippe Fauveau

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