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Sociologiser

  • Le rejet silencieux et croissant de la dîme (II) : Un frein au développement économique politique et social.

    Nous continuons à présenter les arguments d’adventistes opposés à la dîme et qui ne participent plus au financement de l'Eglise adventiste du septième jour par ce biais. Dans la note précédente nous présentions une synthèse incomplète des arguments synthétisés d’adventistes qui rejettent la dîme autour de sept points. Cette opposition n’est pas une action collective. Il y a une véritable tension chez les opposants à la dîme. Ils veulent être cohérents avec leur vision négative et refusent de financer l’adventisme par la dîme, mais ils se rendent compte qu’une adhésion massive à leur position serait source de déstabilisation de la SDA. De fait, ils veillent à garder privé leur choix, à ne pas se coaliser. C’est en ce sens que l’on ne peut pas parler d’action collective. Tout semble fait pour l’éviter. Il s’agit de choix individuels, intimes, privés. De fait, le rejet de la dîme par des adventistes ne peut pas être considérer comme une action qui vise à une protestation politique globale.
    J’indiquais qu’une autre raison, découlant des sept précédentes devenait importante. Il s’agit d’un rejet de la dîme en raison d’une lecture politique de cette dernière dans le cadre du développement économique et social. Plus précisément il s’agit d’une perception de la dîme comme un outil de la domination économique et social dans un mode libéral, postocolonial. Comprenons de quoi il s’agit et des conséquences.

    La dîme : 3,2 milliards de dollars US.
    La critique envers la dîme au sein de l’Eglise adventiste du septième jour par de plus en plus de membres s’appuient sur une diversité d’arguments. Nous en avons présenté schématiquement quelques-uns qui reviennent avec récurrence. La dimension politique est de plus en plus importante et c’est dans les pays dits du protestantisme du sud que cette dernière émerge. En 2018 la dîme a atteint la somme de 3,2 milliards de dollars soit une progression de 3,6% selon Juan Prestol-Puesán, lors de la présentation du rapport financier en avril 2019. Au regard de cette somme importante qui permet le fonctionnement administratif de la SDA et son développement, des adventistes des Pays En Développement (PED) et des pays pauvres, s’interrogent sur une meilleure optimisation de leurs dons, au bénéfice de leurs besoins économiques et locales.

    Une privation de ressources locales.
    L’Eglise adventiste du septième jour via ses agences et associations dont l’ADRA participent au développement et à divers actions humanitaires et économiques pour le développement dans PED. Ces actions ne sont pas financées par la dîme mais par des dons spécifiques, des offrandes. Elles résultent donc d’un don supplémentaire, non obligatoire, laissé à la libre appréciation des membres.
    Les détracteurs mettent en évidence ici une incohérence. La dîme par son caractère obligatoire et proportionnel va attirer l’essentiel des dons des individus vers le développement de l’adventisme où les contraintes bureaucratiques sont nombreuses. Le financement des actions humanitaires bien qu’important ne sera pas privilégié. Il ne s’agit d’opposer, l’un l’autre naïvement, car le développement administratif (l’évangélisation) et humanitaire sont liés inextricablement. Cependant dans des économies où vivre en dessous du seuil de pauvreté est une réalité massive, ne serait-il pas plus logique, biblique, de ne pas ponctionner la dîme et laisser de tels revenus aux membres ou, sur place, les concentrer et utiliser. Payer la dîme pour qu’elle soit gérée, orientée, par l’administration centrale adventiste aux USA, loin du terrain fait de plus en plus réagir.

    Des demandes de suspension du paiement de la dîme
    Ainsi, on voit de plus en plus circuler sur les réseaux sociaux des pétitions, des courriers, demandant à la Conférence générale, de manière temporaire, d’accepter de sursoir à la perception de la dîme afin de permettre aux populations locales d’obtenir des moyens supplémentaires de développement. Cette demande, bien pensée, s’accompagne de propositions de gestion sur place par l’administration adventiste locale des fonds en faveur d’action sociales et économiques (Construction d’école, investissement dans le social, accompagnement des investisseurs…).
    Cette demande revient à réorienter ontologiquement la dîme vers les offrandes. Mais c’est la finalité qui est mis en avance, à savoir un investissement plus efficace localement pour le développement et la lutte contre les inégalités.
    Bien que l’administration adventiste reste jusqu’à ce jour muette face à cette demande croissante, elle ne pourra faire fi trop longtemps en cette période où la quette d’égalité et de développement traverse les sociétés.
    En 2005, je proposais de considérer symboliquement, pour l’analyse, l’Eglise adventiste du septième jour comme une multinationale du religieux. Nous pouvons aller plus loin dans le symbole économique en parlant de franchise. La dîme dans ce cas pourrait être assimilée à la redevance du franchisé envers le franchiseur. De fait, en demandant de suspendre le paiement de la dîme, les détracteurs essentiellement des jeunes comme c’est le cas en Haïti, poussent à repenser le système économique adventiste.

    Un outil de domination postcoloniale
    En Afrique, la montée des discours contre les politiques postcoloniales a des effets sur les réfractaires à la dîme. Ici la dîme est présentée comme un moyen de domination. En effet, en ponctionnant des moyens économiques dès PED vers les USA, elle amplifie la dépendance dans une logique libérale. La dîme, contrairement aux ambitions affichées serait ainsi un outil postcolonial de la domination économique, social, et religieuse. Ici c’est une lecture politique de la dîme, voire géopolitique qui est proposée. Même les actions humanitaires de la SDA n’échappent pas à la critique. C’est d’ailleurs la même qui est faite plus globalement à l’assistance humanitaire venue des pays riches. Dans cette perspective, l’humanitaire (y compris adventiste) est vu comme une politique postcoloniale qui amplifie la dépendance. Elle empêche un développement endogène. Surtout elle est la main qui pense les plaies venues du libéralisme, l’autre main du postcolonialisme. En d’autres termes, il suffirait pour les défenseurs de cette logique, d’annuler la domination postcoloniale pour qu’un développement économique se réalise et rende ainsi caduque toute aide humanitaire.

    Appliquée à la dîme cela revient donc à considérer qu’il suffirait d’annuler le versement de la dîme et plus largement de tout financement de groupes religieux exogène à la culture locale, pour bénéficier de fonds en faveur du développement local. La nécessité d’avoir donc une action sociale religieuse diminuerait ou disparaitrait.

     

    Ce que l’on peut retenir des détracteurs qui opposent dîme et développement

    La dîme est de plus en plus considérée comme une privation de ressources économiques. Sa base théologique étant fragilisée et surtout son caractère obligatoire vu comme une privation de pouvoir d’achat, la dîme est de plus en plus vécue comme un frein au développement local. Elle semble devenir pour certains adventistes, souvent très éduqués et diplômés, un outil qui s’est refermé sur lui. Il permet le fonctionnement administratif, le développement en s’éloignant de la prise en compte des attentes élémentaires d’égalité, d’équité, de développement local. Sa critique pousse la SDA à revoir son modèle économique.

    Pour l’heure telle n’est pas la perspective. Mais la montée des crises au sein de la gouvernance adventiste, sous toutes les latitudes ne pourra empêcher cette organisation religieuse à repenser son modèle économique. Cela a évidemment des conséquences théologiques majeures. Nous reviendrons sur les crises actuelles en espace francophone de la SDA par la suite.

  • Le rejet silencieux et croissant de la dîme dans l'Eglise adventiste du septième jour: (I) sept critiques répandues

    La dîme est le principal pilier de financement de l’Eglise adventiste du septième jour. Elle est une exigence légitimée théologiquement selon laquelle les membres doivent donner 10% de l’ensemble de leur revenu à l’Eglise adventiste du septième jour. En plus de la dîme d’autres dons, appelés offrandes sont laissés à la libre appréciation des membres. Nous l’avons déjà montré dès 2005 ; la dîme apparaît pour financer le fonctionnement de la SDA qui connaît une forte croissance, fin du XIX et début du XXè siècle. Elle stabilise les ressources économiques afin de payer les pasteurs qui, pour nombres, vivaient dans une précarité. Comme pour d’autres choix polémiques elle s’impose charismatiquement et par des démonstrations théologiques a postériori. Dans la profession de foi adventiste, le nouvel adhérent indique son adhésion à la dîme. 
    Aujourd’hui j’observe de manière récurrente dans les entretiens une poussée des postures réfractaires vis-à-vis de la dîme. Même s’ils ne le clament pas, des adventistes incontestablement de plus en plus nombreux, rejettent la dîme. Récemment, dans son manuel de formation continue de ses membre l'Eglise adventiste introduisait l'idée d'une deuxième dîme. Indiscutablement, cela a ravivé les critiques et amplifié les rangs des réfractaires. Surtout cela intervient après l'affolement adventistes de voir les dons reculer avec l'avènement en France de l'impôt à la source. Nous en avons déjà parlé dans deux précédentes notes (ICI et ICI AUSSI).
    Regardons les raisons qui résument provisoirement les raisons pour pour lesquelles des membres adventistes interviewés manifestent un rejet de la dîme. Dans un autre note nous reviendrons sur une dernière raison.

    1. Une légitimation théologique rejetée:
      S’appuyer uniquement sur une ancienne légitimation bureaucratique et un contexte historique de la fin du XXe et du début du XIXe ne permet plus de convaincre des esprits rationnels. En effet ces derniers notent de plus que : « le lien entre dîme et 10% de tous les revenus n’est pas ». Cette affirmation redondante pose donc une critique essentielle. Comment théologiquement, sans raccourci, objectivement, dire que la dîme renvoie à une proportion des revenus ? De plus, les détracteurs sont nombreux à souligner que la dîme est un ancien impôts de l'Eglise abandonnée en 1789. Elle est admise dans la SDA par des pionniers influencés par des groupes méthodistes et baptistes principalement (certains de ces groupes ont abandonné ou considèrent aujourd'hui la dîme comme un don libre).

    2. La dîme est bien plus qu’une proportion des revenus:
      En comparaison avec d’autres organisations religieuses, des membres considèrent la dîme comme 10% de l’ensemble des moyens dont ils disposent. Elle peut être vue sous l'angle financier, mais aussi en termes de temps mis à disposition, de matériels, et de toutes autres ressources.

    1. L’Eglise adventiste du septième jour comme unique bénéficiaire de la dîme :
      Cette critique est présente surtout chez les membres qui sont engagés dans des activités humanitaires et solidaires hors adventismes. Considérer l’Eglise adventiste comme unique destinataire d’une éventuelle dîme c’est pour eux ne pas prendre en compte d’autres actions aussi légitimes et qui permettent d’assister, d’aider des individus que l’Eglise adventiste ne peut atteindre. Donner de manière univoque à l’Eglise adventiste la dîme ce serait pour eux limiter les actions au sein d’autres structures.
      En interne ils doivent faire face à la critique qui distingue offrande et dîme. Mais d’un revers de main elle est rejetée car la capacité de dons n’est pas illimitée. 
      Cette critique est surtout, au-delà de la dîme une relativisation de la SDA comme structure de plausibiité ultime. Pour ne pas s’enfermer dans ce vocabulaire technique, cela revient à dire qu’intégrer d’autres groupes, associations, organismes… dans la dîme c’est considérer l’Eglise adventiste du septième jour comme une structure au même rang que ces dernières, et donc pas comme un espace parmi d’autres qui donne du sens aux liens, aux relations sociales, éthiques et religieuses.
    1. La dîme confiscatoire :
      10% des revenus est considéré comme un don élevé. Les réfractaires n’hésitent pas à faire le lien avec la fiscalité et notent que la dîme est supérieure à l’impôt ! De fait, la prise est ici vu comme une confiscation de pouvoir d’achat. Cet argument prend de l’ampleur dans un contexte de crise économique et social.

    1. La fonction bureaucratique :
      Les détracteurs reprochent à la dîme d’avoir pour fonction que le financement de la bureaucratie adventiste, surtout le paiement de fonctionnaires du culte (pasteurs) et administratifs. Ils invitent à remarquer que biens des leaders bibliques et historiques avaient d’autres sources de revenus que les simples dons des membres.

    1. L’inégalité perçue face à la dîme :
      La dîme est vécue comme profondément inégalitaire car soumettant de manière identique les individus sans prise en compte des revenus réels. C’est une perception bien loin de la réalité car le caractère proportionnel en fait une contribution égalitaire.

    2. La dîme conditionnaliste:
      C'est une critique récurrente selon laquelle la fidélité en la dîme conditionnerait les bénédictions divines. C'est donc considérer, indirectement, qu'il est possible d'influencer la volonté divine par la fidélité en des dons financiers. Vous comprenez bien que  théologiquement, éthiquement, moralement les critiques sont nombreuses. C'est d'ailleurs pour cette raison que nombres de groupes l'ont abandonné ou réduit à un don libre.

    Ces critiques sont de plus en plus partagées. Surtout, les pasteurs adventistes n'interpellent plus les membres individuellement pour le "manque de fidélité" à la dîme craignant aussi d'être considérés comme un groupe à tendance sectaire. 

    Outre ces critiques une autre, nouvelle, touchant au développement de l'Eglise adventistes du septième jour et des Etats est née, dans les pays pauvres, avec Haïti pour tête de prou dès la théologie de la libération. En Afrique elle est aussi massive avec les mouvements de réappropriation identitaire et de critique post coloniale. Elle est extrêmement importante. Nous y reviendrons dans la prochaine note. Affirmons déjà que cette critique majeure prend en compte toutes celles que nous avons présenté pour les dépasser et leur donner un plus fort impact.

  • Tweet de l'UNADFI contre l'Eglise Adventiste: ce qu'il faut comprendre

    L’Eglise adventiste du septième jour en France tire une large partie de son dynamisme de l’Outre-mer. Cependant la Réunion ne se distingue pas comme une terre particulièrement réceptive à l’Eglise adventiste. Sur les 866 000 réunionnais l’Eglise adventiste déclare 1 480 membres. Cela en fait une église extrêmement minoritaire. De plus, l’Eglise adventiste à la Réunion a été marqué par une instabilité et une exposition médiatique négative en raison d'un de ses ex pasteurs interpellé  pour viol et un autre dans une affaire de trafic de drogue. (Voir : 974)

    Cependant, une constante de l’Eglise adventiste du septième jour est un fort investissement dans les structures éducatives. De fait, j’ai souvent noté qu’une des caractéristiques de cette église est une implication majeure dans l’enseignement, l’éducation et la recherche. Il n’y a donc aucune surprise à constater que la représentation réunionnaise ouvre prochainement un établissement scolaire. En France, Outre-mer compris, on compte une dizaine d’établissements allant du primaire au supérieur. Ceux-ci se démarquent par une éducation respectant les contraintes de l’Education Nationale. L’intérêt d’ailleurs est de montrer que les structures sont une valeur ajoutée. Le public d’ailleurs n’est pas uniquement adventiste même si la majorité des élèves et étudiants le sont.

    Au-delà, la SDA a développé un système éducatif qui imbrique toutes ses structures en s’appuyant sur ses universités reconnues mondialement, dont l’essentiel est au USA. J’ai été surpris de remarquer que la SDA en France établit un équilibre entre son imbrication au système éducatif adventiste et les exigences de l’Education Nationale. Il n’est pas arrivé à ma connaissance de situations polémiques, récurrentes, où le Ministère de l’Education Nationale note des insuffisances, des manquements d’établissements adventistes. Il y a parfois des questionnements sur le rapport au sabbat. Mais aucun inspecteur a fait remonter un manque d’application des programmes dans les disciplines. On constate une pleine application des directives de la Direction Générale de l'Enseignement Scolaire (DEGESCO).

    De ce fait, que montre la prise de position de l’UNADFI contre le projet adventiste d’ouverture d’un établissement scolaire à la Réunion ?

    Indéniablement, l’UNADFI, sans donnée objective, verse dans la stigmatisation de l’Eglise adventiste à la Réunion. Pourquoi n’a ton pas entendu l’UNADFI contre les structures scolaires déjà existantes en Guadeloupe, Martinique, et dans l’Hexagone.? D’autre part, l’UNADFI semble omettre que la faible offre scolaire à la Réunion a pour conséquence un développement des structures privées et celles-ci sont d’abord, comme dans l’Hexagone, massivement confessionnelles. Finalement, l’émergence de ses structures vient combler une offre déficitaire.

    Le tweet de l’UNADFI n’est qu’une illustration de préconceptions sociales sur les groupes religieux minoritaires. Les groupes religieux minoritaires, dans la logique démocratique peuvent être critiqués et souvent fort opportunément. La recherche historique et sociologique invite à constater que les groupes religieux participent à la construction des relations sociales dans le débat. On peut surtout d’ailleurs, en sociologie souligner les tensions entre les groupes et la société globale. Cependant, peut-on émettre, sans aucun élément objectif une alerte sur un groupe religieux ? La réponse est dans la question. Certainement, le fait que l’Eglise adventiste du septième soit extrêmement minoritaire à la Réunion en fait une cible facile.

    Le tweet de l'UNADFI montre en tous les cas l'obligation d'un travail pédagogique sans concession où la recherche met en évidence les tensions occasionnées par les groupes religieux, leur rapport parfois conflictuel avec la société globale, mais aussi leur contribution au dynamisme social, y compris via l'Education. Cette vision équilibrée sera certainement critiquée et rejetée de nombres, à commencer par l'UNADFI.

  • EN LIGNE: Recension de l'ouvrage de Daniel Milard "L'Eglise adventiste du septième jour à la Martinique et la laïcité"

    Eglise adventiste du septième jour, Martinique, David MilardL’ouvrage que vient de publier Daniel Milard, adventiste et personnalité de renom en Martinique, montre à quel point l’intérêt pour l’Eglise adventiste du septième jour devient de plus en plus vif. Et tant mieux car cela permet à l’ensemble du corps social de mieux appréhender une offre religieuse qui participe à la structuration du vivre ensemble en Martinique.
    Différentes revues spécialisées et scientifiques me proposaient de réaliser une recension de l’ouvrage de Daniel Milard après avoir reçu une première très négative d'un confrère.
     Je viens de plutôt opter pour une recension en accès libre sur les Archives ouvertes des sciences sociales bientôt. En effet, ma recension venait confirmer des critiques qui mettent en évidence des manques graves de l'ouvrage. Inutile d'alimenter le fonds d'une revue avec cette recension. Toutefois, la seule existence de l'ouvrage de Milard dénote un besoin d’analyse, de mise en perspective de l’adventisme au sein de la société martiniquaise. Ce travail initié surtout par Raymond Massé, ici poursuivi par Milard est un chantier à réaliser. Bien qu’accueillant avec circonspection ce travail, surtout en raison des imperfections liées à l’absence de méthode, il faut saluer l’ouvrage de Milard qui repose la question de la perception mouvante de la laïcité en terre martiniquaise. Nous espérons que c’est ce dernier point qui marquera.

    L’ouvrage fait le point sur la laïcité en Martinique mais dans une inorganisations et des digressions regrettables. Il pose cependant la question de l'évolution de la laïcité et surtout l'émergence d'une vision fermée de celle-ci, qui refuse de considérer l'espace public comme un lieu de coexistence avec le religieux de manière pacifique, en Martinique. C'est surprenant en terre martiniquaise où le religieux, la présence adventiste est reconnue. C'est fort de cette évolution qu'il est donc nécessaire de comprendre les soubresauts que traverse la laïcité en terre martiniquaise.

    La recension que je réalise de l'ouvrage est critique et se base sur un point de vue scientifique et pédagogique. Elle note les manques incontestables qui n'en font pas un ouvrage construit sur les canons de la réflexion académique. Les enquêtes menées, l'organisation générale, le tohu bohu des argumentations sont des manquements. Toutefois, l'innovation majeure de ce livre reste la nécessité de construire des outils d'évaluation et d'observation de l'évolution de la laïcité en Martinique en tenant compte des expériences individuelles des croyant et surtout de la perception, de l'action des acteurs politiques.

     

    Récession sur les Archives ouvertes des sciences de l'Homme et de la Société (HAL SHS)

     

    VERSION ACTUALISEE EN TELECHARGEMENT

  • L'assassin Donnie Edward Johnson, converti à l'Eglise adventiste sera exécuté

    Donnie a assassiné sa femme par asphyxie après avoir placé dans sa gorge un sac en plastic en 1984! Sa conversion à l'Eglise adventiste a fait grand bruit. Il en est devenu un responsable local dans le Tennessee. Le gouverneur Bill Lee a annoncé qu'il appliquera la décision.

    Le cas de Donnie est très intéressant. Il a mobilisé les communautés adventistes aux USA mais aussi les Evêques catholiques, les responsables de divers communautés évangéliques en plus des mouvements abolitionnistes. Ce cas est emblématique. En effet, il a conduit l'Eglise adventiste à une collaboration tacite avec de nombreuses organisation religieuses. Dans le Tennessee, des prières communes ont été organisé. Des sabbats ont été consacré à réaliser dans des églises des prières dite d'intercession en faveur de Donnie. La fille de la victime a déclaré pardonner à Donnie et s'est rallier à la demande de clémence pour celui qui anime des rencontre adventiste en détention.

    Bien que cela ne semble avoir d'effet sur Bill Lee, la collaboration tacite a été l'occasion pour nombres d'adventistes d'amplifier la collaboration avec d'autres groupes religieux et des militants abolitionnistes non religieux. On est bien loin de la vision de l'adventisme dans certaines zones géographique (Afrique, Amérique du Sud, Antilles françaises...) où tisser des liens avec les autres groupes religieux est toujours une question sensible.

  • Grève dans l'enseignement à Tahiti. Petite leçon à partir de la position adventiste

    Tahiti grève, Eglise adventisteTahiti Infos, nous apprend la tenue d'une grève ce 14 mai dans l'enseignement à Tahiti dans le secteur privé . Elle semble très fortement mobilisée. L'article indique le soutien de l'Eglise adventiste mais la non participation de son personnel d'enseignement à cette grève pour des raisons confessionnelles.

    La réponse montre la difficulté pour une organisation religieuse à construire une position dynamique dans la société. En effet, les personnels soutiennent ici la grève, mais n'y sont pas acteur. Etre acteur dans une action protestataire est en effet loin des canons historiques de l'adventisme. Elle a construit une partie de son histoire dans une vision pacifiste sans participation à des mouvements de protestation à caractère "politique" (au sens large).

    Contribuer au changement social, tout en gardant des distances avec ladite société dans son expression politique est un défi. C'est le difficile équilibre que tente de maintenir l'Eglise adventiste du septième jour. Le risque évidemment est de créer des insatisfactions chez les protestataires qui peuvent définir l'Eglise adventiste comme celle qui décroche le "ticket gratuit" selon l'expression sociologique, c'est-à-dire fait défection tout en bénéficiant des apports de la mobilisation des autres. En interne la question de "faire entendre aussi sa voix" commence à poindre sans remoud. Mais certainement, elle reviendra surtout à Tahiti où la problématique identitaire se ravive

  • Prélèvement à la source et dons aux groupes religieux: Le cas de la dîme chez les adventistes (Suite)

    Le prélèvement à la source installe depuis ce mois de janvier de nouveaux repères. Les associations ont interpellés le gouvernement. En effet, elles craignaient que la baisse des revenus nets entraînerait des économies des ménages qui réduiraient les dons aux associations. Pour répondre à cette question le gouvernement a rassuré en indiquant le maintien de la déduction fiscale liée aux dons aux associations. De fait, des ménages perçoivent à compter de ce 15 janvier 2019 un acompte sur les dons qu’ils font aux associations. Plus largement, les instabilités qui se dessinent avec l’impôt à la source dans les groupes religieux, et ici l’Eglise adventiste du septième, ravivent une mise à distance de l’Etat. Mais là n’est pas la question pour l’instant.
    Avec le prélèvement à la source les ménages peuvent avoir l’impression d’une baisse de leur revenu disponible en constatant percevoir un salaire net plus faible ou des pensions de retraites moins grandes. L’inquiétude est simple : les dons vont-ils décroitre ? Toutes les associations (cultuelles, culturelles et surtout humanitaires) le savent : les dons sont des actions particulièrement élastiques au sens des économistes. Cela signifie simplement, qu’une simple variation des revenus, des prix ont des conséquences sur le niveau des dons. Dans l’Eglise adventiste cette inquiétude se traduit concrètement par une crainte d’une baisse des de la dîme (10% des revenus demandés aux membres), des offrandes (des dons libres, dont la proportion par rapport aux revenus n’est pas fixée), et toutes les autres formes légales (legs…). Comme maintes associations, des fédérations d’églises adventistes mènent des évaluations sur les pertes éventuelles de dons.
    Avec la pratique de la dîme la crainte est de voir une diminution d’une ressource essentielle de ressources pour financer le développement adventiste et son personnel. En ce sens, la Fédération France Nord (F.F.N) a réalisé une vidéo pédagogique qui fait polémique. Elle rappelle en bref que la mise en place de l’impôt à la source n’impacte pas le niveau des dons à réaliser (VOIR MA PRECEDENTE NOTE). La vidéo trahit une inquiétude sur le maintien des revenus de la F.F.N. Les détracteurs se sont mobilisés sur les réseaux sociaux, pasteurs compris, pour dénoncer la priorisation de la sécurisation des revenus de la structure adventiste au détriment des difficultés que vivent économiquement les adventistes. Il faut dire que dans la forme, l’unique insistance sur la démonstration visant à dire aux membres de continuer à payer le même niveau de dîme, dans un groupe religieux, généralement le jour de l’office hebdomadaire, le samedi, n’a certainement pas été conçue avec habilité. Une bonne cellule de communication aurait anticipé les incongruités.

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  • Prélèvement à la source et dons aux groupes religieux: Le cas de la dîme chez les adventistes (1)

    Le prélèvement à la source est source de grandes inquiétudes dans les associations et donc dans les groupes religieux également. Dans le cas adventiste ou la dîme est pratiquée elle a donnée lieu à l'action pédagogique de la Fédération France Nord au travers d'une vidéo, soulignant que le prélèvement à la source n'impacte pas le niveau de la dîme. Les réactions ont été vives et à ciel ouvert. Dans cette première note, je vous laisse prendre acte du débat, puis j'en ferai un léger commentaire dans la note suivante.


     

    Réaction d'un pasteur très révélatrice de la perception des membres
    podcast

     

     

  • Tensions en adventisme: petite brève sur "les apports" des conflits et dissidences.

    Schisme, division, cassureDepuis ses débuts la SDA est traversé par des débats internes. Celui initié par Joseph Bates permis l'adoption du sabbat comme élément doctrinal central (Sergio Becerra, 2001). D'autres débats furent menées dans une extrême tension et conduisirent parfois à des scissions.

    La doctrine de la « justification par la foi »
    En 1888, s'opposant aux principaux dirigeants de la Conférence général lors du synode de Minneapolis, le binôme de jeunes pasteurs Alonzo Trevier Jones (1850-1923) et Ellet Joseph Waggonner (1855-1916) firent évoluer la théologie adventiste en faisant acter la doctrine de la « justification par la foi » et non par la loi au sein de l'adventisme, fort du soutien d'Ellen White. Cette évolution se fit dans un cadre de tensions car les leaders historiques privilégiaient les signes de distinction avec les autres groupes protestants au détriment des points théologiques qui risquaient d'établir des convergences, à l'instar de la doctrine de Jones et Waggonner. Cependant, son important impact fait de 1888 une date fondatrice de la doctrine adventiste (Maurice Verfaillie, 2011, p. 115).

    Jonh Karvey Kellog
    Le Dr John Harvey Kellog (1852-1943) inventeur des Cornes flakes domina l’action médicale adventiste durant trois décennies. Avec l’aide des dirigeants adventistes, il créa l’École d’hygiène (en 1877), l’Association américaine de tempérance et de santé (1878), l’École de formation des infirmiers (1883), l’École d’économie domestique (1888), le Collège médical missionnaire américain (1895) et l’École normale d’éducation physique (1909) afin de former des centaines de professionnels de la santé. Kellogg présida pendant dix ans (1893-1903) l’Association adventiste missionnaire médicale et de bienfaisance (fondée en 1893), qui durant cette période, construisit des établissements de soins. Panthéiste, Kellog quitta la SDA suite à un profond désaccord sur la gestion des établissements de santé et son goût pour les théories eugénistes. Il fonda avec l'économiste Irving Fisher (1867-1947) et le biologiste Charles Davenport (1866-1944) la Race Betterment Foundation (la fondation pour l’amélioration de l'espèce humaine). L'engagement de Kellog pour les minorités sociales et ethniques surtout noires furent conséquents. Cependant les travaux de la Race Betterment Foundation seront repris et réorientée par l'Allemagne nazie (Brian Wilson, 2014). Le départ de Kellog avec des infrastructures de santé, a conduit la SDA à centraliser la gestion de ses structures pour éviter de nouvelles pertes de ressources importantes (Fabrice Desplan, 2005)

    Des scissions diverses à l'international.
    En 1925 un premier schisme verra des membres quitter l'Eglise adventiste du septième jour pour former L'Eglise adventiste, mouvement de réforme. En 1929-1930 puis 1950 deux vagues de dissidences se firent pour former les davidiens. Ces derniers deviendront tristement célèbre lors de la tuerie de Waco dans le Texas en 1993. Dans nombres de pays la croissance adventiste s'accompagnera de départs majeurs. Les plus importantes furent liées au choix de la SDA d'établir des rapprochements avec d'autres groupes religieux. Tel fut le cas en Hongrie en dans les années 70 où des cadres et des centaines d'adventistes refusèrent le rapprochement avec le Conseil des Eglises Libres, impulsé par le régime communiste. Ils fondèrent l'Eglise KERAK. En 2015, les 600 membres de l'Eglise KERAK ont réintroduit la SDA après une période de dialogue et des excuses officielles de l'Eglise adventiste1. D'autres scissions importantes ont lieu au Burundi (Jean-Pierre Chrétien et Melchior Mukuri, 2002)2, au Venezuela où le fondateur de l'Association Israelita, Ézéchiel Ataucusi Gamonal, a été expulsé de la SDA en 1956.

    En France
    separation-474x234.jpgEn 1982, en Polynésie Française une scission entraîna la création d'une Fédération adventiste dissidente (Bruno Saura, 1998). Les fractures dans l'Eglise adventiste s'expliquent toujours par des relations interpersonnelles principalement. La divergence doctrinale est un facteur secondaire. Il n'est pas rare de constater qu'elle est la manifestation des effets d'autres variables comme la culture, la catégorie sociale, le niveau de formation, la construction biographique, le type de conversion, etc
    . Il en va de même pour les tensions autour de la place d'Ellen G. White ou la vive opposition autour de l'ordination des femmes (sujet sur lequel la France connaît quasiment pas de remous).
    Le sujet clivant qui traverse la France demeure le rapport aux autres institutions religieuses, y compris protestantes. L'adhésion à la Fédération Protestante de France de 2006 s'est réalisée au prix du départ de pasteurs adventistes vers des pays où la SDA se développe en autonomie (Richard Lhemann, 2008). La prise de position de l’Église protestante unie de France (EPUdF) membre de la FPF en faveur du mariage homosexuel a réactivé en 2015 les critiques de membres sur l'appartenance de la SDA à la FPF. Conscient de sa position extrêmement minoritaire en France, des cadres insistent pour des rapprochements avec des groupes protestants plus conservateurs et en phase avec les positions éthiques adventistes. Ainsi un dialogue soutenu avec le Conseil National des Evangéliques de France (CNEF) est entretenu.
    Les questions sur les évolutions des formes de conjugalités restent un sujet de débat non explicite et source de lecture très différentes dans l'adventisme. Même si la tendance reste à une préférence pour le mariage comme cadre de développement familial, dans les faits la montée du concubinage, des séparations, du divorce, au sein de la SDA interroge. L'initiation même d'un cadre d'analyse de l'homosexualité est source de tension. Il y a quelques années, la rédaction d'un article sur le sujet par l'ancien doyen de la Faculté adventiste du théologie a montré les grandes sensibilités autour de la question.

    Que montre cet éventail incomplet ? L’Église adventiste doit être approchée comme un espace dynamique sur le long terme, même quand elle donne l’impression (volontairement ou non) d’être arc-boutée. L’un des fondateur de la SDA, James White, était opposé à la construction d’une doctrine normative, perceptible aujourd’hui dans les 28 vérités fondamentales de l’Église adventiste. Il n’était pas emballé par la croyance en la Trinité et d’autres points forts de la SDA. Comme le souligne l'historien adventiste George Knight "aucun des leaders fondateurs de la SDA se reconnaîtraient dans l’Église adventiste" en 2019. Certainement ils refuseraient d’y adhérer ! L’Église adventiste est donc un espace religieux en mutation permanente et les conflits sont aussi des facteurs de son évolution. Ils obligent surtout les adventistes à devoir développer beaucoup de recul sur eux même; mais là est un acte extrêmement compliqué et donc rare et peu encouragé.

     

     

    2Voir ; Jean-Pierre Chrétien et Melchior Mukuri,  Burundi, la fracture identitaire - Logique de violence et certitudes "ethniques", Karthala, 2002.

  • Une piste de solution au "Mouvement des gilets jaunes" : l'instauration de midterms à la française

    Gilets jaunesLe rapport à l’Etat est aussi requestionné par les gilets jaunes avec le Référendum d’Initiative Citoyenne. Les tutoriels se multiplient sur YouTube pour l’expliquer. Il révèle toutefois un besoin de traverser les législatures par plus de liens entre citoyens et politiques.
    Sur le rapport à l’Etat un début de solution existe et me semble simple. Il ne répond pas à toutes les questions, mais devrait être regardé sereinement. De quoi s’agit-il ; de la déconnexion entre élection présidentielle et élection législative. Avec l’adossement des législatives à la présidentielle, le quinquennat devient trop facilement un kit de la toute puissance présidentielle. Les députés sont aux pas, le sénat une « basse chambre basse ». La déconnexion de l’exécutif avec la populace devient inéluctable.

    En faisant des législatives des élections de mi-mandat à la française, cela aurait pour avantage de rééquilibrer le quinquennat et la Ve au bénéfice de dêmos. C’est connu: le pouvoir n’a d’hygiène que si les urnes et non la rue forment une épée de Damoclès au-dessus des décideurs, en jugulant le populisme. Il faut revenir à cela. A défaut la légitimité se déplace logiquement dans la rue. Organiser ce changement n’est pas simple avec le pouvoir de dissolution et les télescopages de calendriers électoraux. Mais là ce sont des questions techniques visiblement élémentaires pour les constitutionnalistes. L’imposition de législatives obligatoirement deux ans par exemple après la présidentielle est une piste, quitte à interrompre des mandats.

    La démocratie française a besoin de respiration et d’encrage. Les midterms à la française seraient un début de discussion de solutions rapides et concrètes. Elles n’éliminent évidemment pas les autres pistes et même restent compatibles avec toutes sans exception (si on fait abstraction de l’anarchie).

  • Créatifs culturels et imbrications chez les adventistes du septième jour

    créatifs culturels,paul rayL’expression de « créatifs culturels » est une proposition popularisée par Paul Ray. Groupe théorique, dont la conscience d’appartenance est relative ou inexistante, il est composé d’individus qui œuvrent pour le changement de valeurs sociales. Certains s’organisent en groupes de pressions, mais la grande majorité des créatifs culturels sont des isolés, dans leurs actions, pratiques, voir croyances. Ils sont des avant-gardistes de l’évolution de la société. Les créatifs culturels ont été formalisé par Ray autour de quelques points généraux que sont :

    • Le développement personnel,
    • Le développement durable avec la prise en compte des variables économiques, écologiques et sociales,
    • L’intégration de valeurs féminines,
    • L’implication de valeurs solidaires, humanitaire pour la construction d’un meilleur espace social.

    Certains créatifs ont une influence spirituelle. Ils forment l’essence sociographique de ce mouvement. D’autres, sont moins influencés par le spirituel. Les spiritualistes sont des descendants d’une multitude de mouvements voulant la réforme de la société. Mouvements utopistes, religieux, réformateurs, hygiénistes, déistes, communistes, libertariens… sont des influences non exhaustives.

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  • Fake News en adventisme sabbatiste (IV). La perte de vitesse de la rationalité.

    Fake NewsDepuis Max Weber nous savons que le religieux est un espace d’expression de la rationalité. Le religieux anime la rationalité par des actes et des croyances dont la finalité est l’obtention du salut. On peut bien parler de rationalité car les actions sont construites logiquement, se légitiment par expérimentation et laissent la place à une évaluation. Plus que le bien fondé qui n’intéresse pas le sociologue il y a la structure de penser et d’agir.
    Il est indéniable que dans l’offre religieuse, l’Eglise adventiste du septième jour se démarque encore, même s’il y a là une perte de vitesse, par des actes rationnels. Surprenant pour certains, mais empiriquement vrai, l’Eglise adventiste du septième jour offre un équilibre entre rationalité scientifique et quête du salut. Le développement en son sein d’actions de préventions sanitaires par des professionnels de santé ou encore l’engouement pour le développement de la sont des exemples probants. Cela fait écho à l’histoire adventiste où le déisme scientifique a été un levier majeur de Miller à aujourd’hui.

    FAke NewsCe cadre a été longtemps un rempart contre les fausses informations vérifiables. Des communautés locales avaient un protocole strict de vérification des contenus des discours des individus qui avaient une responsabilité dans le groupe. Il est vrai que l’objet était avant tout de vérifier la compatibilité entre ce qui serait dit et les croyances officielles adventistes. De plus, pour grand défaut, ces protocoles empêchaient une flexibilité, une adaptation face à la rapidité des questions sociales. Mais, le glissement vers des expressions émotionnelles marque un retournement. Je l’ai déjà indiqué en notant que l’évolution de la structure même du programme adventiste le sabbat illustre ce glissement où la rationalité perd de sa place.

    Lors d’une observation de terrain il y a quelques mois, j’écoutais dans une communauté adventiste une responsable de l’enseignement des enfants raconter une histoire. Visiblement plus que l’histoire, c’est l’envie de convaincre les enfants et l’assemblée qui prévalait. En effet, la conteuse relata (si ma mémoire est bonne au Brésil) qu’un lion élevé en captivité avait préféré se détourner du lait et d’aliment carné et opter pour des légumes. Preuve était faite selon elle du bien fondé du régime alimentaire végétalien et des positions adventistes sur l’hygiène alimentaire. Vous devez penser que je caricature. Ben non. Heureusement que je prends des notes !

    Ce qui m’a surpris, c’est que cela se déroulait dans une ville qui est un pôle universitaire avec des facultés de médecine et de vétérinaire ! Evidemment la légèreté de la démonstration fait rire, mais elle fut diffusée. Pire, non remis en cause et exprimée devant toute une assemblée.

    Que montre cela ? L’absence de rigueur minimale dans l’enseignement a fait passer l’objectif de l’enseignement au détriment de la démonstration. Et là est un ressort des Fake News. Peu importe les moyens, la fin est la priorité. Et d’ailleurs, plus c’est gros, plus cela passe (au moins en apparence).

    Fake NewsEn devenant de moins en moins exigeante sur le fond et la forme de son enseignement, la SDA laisse entrer les jalons, les repères cognitifs qui par la suite seront des booster de fake news. L’allongement de la durée des programmes et la place de plus en plus grandes aux convocations émotionnelles font de l’adventisme dans certaines communautés (je pense que le phénomène se généralise) une religion qui perd une de ses valeurs ajoutées à savoir un discours religieux dont la construction se cimentait rationnellement. Finalement, de plus en plus de discours et de situations qui se développent dans l’Eglise adventiste du septième jour confirment ce que savent les sociologues depuis longtemps : un groupe religieux est surtout un groupe religieux parce que social, c’est-à-dire qui connait les mêmes réalités et problèmes que l’ensemble de la société.

  • Aux origines du Gwo Ka: Vidéo

    Cette vidéo sans commentaire qui fait bien comprendre la grande parenté africaine du Gwo Ka, élément du patrimoine immatériel mondial de l’humanité. 

  • Fake News dans l'Eglise adventiste et le monde évangélique (III)

    Fake news adventisteLes fakes news vous l’avez compris sont de plus en plus présents dans notre environnement y compris dans la sphère religieuse. Il devient parfois impossible de faire le distinguo entre réalité et fake news. Les premières se diffusent à une vitesse pharaonique au point que sa grande répétition rend parfois complexe, voir impossible sa vérification. Le travail d’analyser, d’informer devient ainsi de plus en plus complexe également. Les églises sont conscientes des enjeux.
    La récente publication par le Département de la Liberté Religieuse et des Affaires Publiques de la Fédération des Eglises adventistes de la Guadeloupe en est une illustration. Les groupes religieux doivent faire face à la même problématique rencontrée dans l’enseignement, le journalisme ou encore la géopolitique. Derrière chaque fake il y a une naïveté parfois, mais de plus en plus une intentionnalité qui vise à distiller de fausses informations pour tromper, manipuler et même déstabiliser.

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  • La lente reconnaissance du "génocide voilée" et les défis pour repenser l'esclavage des peuples noirs

    Tidjane N'DiayeFrance Inter et France Info ont donné la parole durant cette commémoration des abolitions de l’esclavage à Tidiane N’Diaye. Et c’est magnifique.
    Je ne peux plus compter le nombre de fois où dans des échanges avec des experts j’ai indiqué qu’il faudra un jour regarde avec honnêteté, globalement, l’histoire de l’esclavage, en insistant sur la traite trans-sahélienne. J’avais d’ailleurs lu le livre de Tidiane N’Diaye dès sa parution sous le conseil de mon ami le poète Djédjé Désiré, ici bien nommé. Cette traite a duré 13 siècles et a été le plus grand acte de dépeuplement par déportation. C’est ce qu’analyse, dans l’isolement, N’Diaye.
    L’auteur n’est pas dupe. Il sait qu’il rentre dans le mémoriellement incorrect. Dans les populations noires, dire qu’une traite dite arabo-musulmane a fait plus de dégâts que la traite transatlantique pose de nombreux faux problèmes.

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