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Le défi de la réorganisation des cultes suite aux Covid-19 (I)

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Depuis plusieurs semaines je suis interrogé par des communautés religieuses sur les conséquences d’une réorganisation des rituels en raison de la Covid-19. Des dimensions complémentaires doivent être distinguées sur ce point. Pour le comprendre je vous propose trois notes sur le sujet, chacune revenant sur une des dimensions à prendre en compte lors de la réorganisation des cultes. Commençons par la dimension ergonomique pour appliquer les mesures d’hygiène visant à circonscrire la diffusion d'une pathologie infectieuse, ici la Covid-19.

 

La dimension hygiénique et ergonomique

L’organisation spatiale est devenue un enjeu majeur. C’est à partir de ce dernier que toutes les autres réorganisations se réalisent. Pour qu’une communauté religieuse prenne en compte les contraintes infectieuses il faut donc qu’elle réaffirme le cœur, l’essentiel du sens de son action afin que la gestion de l’espace contribue à atteindre l’objectif assigné. Mais commençons par un point important qu'est la redéfinition de la relation avec l'Etat. Dans la prochaine note nous soulignerons les questions que la relation avec l'Etat soulève.

  • Revoir la relation à l’Etat.

L’expérience de Mulhouse l’a montré. Lorsqu’une communauté religieuse organise librement, en autonomie ses manifestations fort du cadre de 1905, elle doit cependant être prête à renforcer ses liens avec les décideurs pour enrayer des conséquences indésirables comme les épidémies. Les communautés doivent désormais renforcer la traçabilité des flux d’individus, au moins sur une période glissante de 14 jours, durée d’incubation maximale de la Covid-19, pour aider à retrouver toutes les personnes susceptibles d’être infectées en son sein. Cela réinterroge bouscule les habitudes mais il y a un équilibre, entre les libertés (d’associations, de croyances et autres libertés fondamentales), à trouver par rapport à l’impératif de santé. Ce renforcement ne peut pas être présenté et considéré comme un flicage. C’est aujourd’hui une nécessité transitoire qui doit être limitée dans le temps.

  • La distance physique

Les indications de distanciation physique varient en fonction des pays, des formes d’activités et de l’évolution des circulaires. En France, le repère d’1m est la norme. Initialement cela imposait un espace de 4m² par personne ce qui rendait impossible l’accueil du public avec les jauges habituelles. Au mieux certains pasteurs m’indiquaient devoir réduire de 75% les capacités avec cette contrainte. L'arrêt du Conseil d'Etat rendant illégal la fermeture des lieux de culte et l’évolution récente consistant à appliquer l’écart 1m linéaire à des groupes facilitent l’organisation des rituels et l’accueil des publics. Ainsi une même famille peut être rassemblée et séparée des autres familles d’un seul siège. La règle reste identique pour les groupes d’amis, mais son application dans les églises reste complexe. En effet, tous les individus peuvent se présenter comme un groupe d’amis, il faudra alors identifier les groupes qui résident ensemble ou pas.

  • Particularités des enseignements à destination des enfants (écoles du dimanche/sabbat)

Les écoles du dimanche, les écoles du sabbat ont cette caractéristique d’être des enseignements cultuels à type culturel. Cela a donné dans le passé des échanges vifs et des conflits juridiques notamment avec l’administration fiscale. Nombres de communautés évangéliques organisent l’enseignement de l’école du dimanche sur les normes de l’enseignement scolaire. L’évolution des circulaires de l’Education (disparition des 4m², utilisation des masques quand le mètre linéaire ne peut être garanti) facilite désormais les activités des écoles du sabbat et du dimanche.

  • Sens de circulation

Il est mis en place pour éviter les croisements. Là est un véritable casse-tête. Toutefois les communautés arrivent localement à le mettre en place.

  • Mise en place de processus de désinfection

Les communautés disposent désormais de distributeurs de gel hydroalcoolique à l’entrée. Mais la complexité vient de l’obligation de désinfection régulière des locaux. Cela nécessite un personnel formé et disponible. C’est cela qui réduit, comme dans les lycées, les possibilités d’accueil et la polyvalence des activités. En plus les contraintes de désinfection imposent une limitation des objets que les individus peuvent se passer entre eux, ce qui n’est pas sans conséquence sur les gestes rituels et les écoles du sabbat/dimanche.

  • Place des masques

Les communautés encouragent le port du masque. Certaines en font un outil obligatoire. Dans les faits, les membres des organisations religieuses protestantes optent massivement pour le port du masque. Toutefois, les communautés doivent être en capacité de proposer des masques. Cela a donné naissance à une chaîne de solidarité pour la confection de masques par des membres. Parfois des communautés ont réalisé des masques avec des logos, verset, images, faisant des masques des supports de communication.

  • Intégrer le distanciel

Lors du confinement les groupes religieux ont amplifié l’utilisation d’outils numériques afin de garder un lien. Cette nécessité demeure pour : (1) permettre un retour graduel en présentiel ; (2) satisfaire les membres qui considèrent encore précoce un retour dans les lieux de cultes ; (3) continuer les activités en gardant le lien quand localement les lieux ne permettent pas de réouverture ; (4) continuer à toucher un nouveau public éventuellement découvert grâce aux télécultes et (5) garder de manière définitive la complémentarité entre distanciel et présentiel qu’il y ait virus ou pas.

Sur ce point les églises comme l’Eglise adventiste qui disposent de structures médiatiques ont pu voir l’apport capital de ces derniers et de leur valeur ajoutée. Les chaînes Youtube de groupes et de pasteurs évangéliques furent et demeurent particulièrement visitées. Les radios associatives eurent également une place singulière lors du confinement pour que l’esseulement ne se transforme pas en isolement.

  • Former

Les communautés ne peuvent échapper à l’obligation de formation sur l’hygiène et les risques juridiques. En particulier les laïcs en charge de l’entretien des locaux doivent être formés. C’est l’ensemble des corps du diaconat et de l’anciennat qui sont ici des cibles principales. Pour cela les communautés disposent de ressources internes suffisantes comme des professionnels de santé et du droit pour former. L’appartenance à une structure fédérale comme dans le cas adventiste est un atout pour mutualiser les compétences. L’intégration organisations comme la (FPF) Fédaration Protestante de France, le Réseau (FEF) Fraternel évangélique français, le (CNEF) Conseil National des évangéliques, Fédération des Eglises Evangéliques Batistes de France, (l’UEELF)l’Union des Eglises Evangéliques Libres de Fance, etc. peut être un levier.

 

Mise en oeuvre

  • Une forte conscience

L'application des mesures impose une réduction des jauges, de la capacité d'accueil de tous les sites religieux. Pour y faire face, il n'y a pas d'encouragement à un retour absolu, massif, obligatoire, dans les lieux de culte.  Les communautés religieuses ne veulent plus être un sujet médiatique avec le Coronavirus comme ce fut le cas aux premières heures des foyers de contamination à Mulhouse. Il y a donc une grande conscience des risques.

  • Échelonnement de programmations

Le casse-tête d'organisation dans les groupes où la densité de membre est importante impose de proposer plusieurs services de culte en condensant la programmation. C'est d'ailleurs une difficulté majeur pour les communautés qui fonctionnaient sur ce mode avant la pandémie. Cet échelonnement peut se réaliser qu'en se recentrant sur les activités essentielles. Cela ne peut se faire sans une prise de conscience globale de l'importance des rituels menés sur site et de la complémentarité d'activités menées dans la sphère privée (cultes familiaux, formation continue, maintien dans les réseaux de communication...) 

Conclusion intermédiaire

Vous l'avez compris avec ces quelques éléments furtivement présentés, la réouverture des lieux de culte est un challenge organisationnel. Il est identique aux défis que les écoles et entreprises ont surmonté. D'ailleurs les solutions sont proches voire identiques. Cependant dans le cadre religieux ces changements imposent une réflexion sur le coeur des activités menées dans les lieux de cultes.

 

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