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William Miller annonce sa découverte (JL Chandler)

40c01972574b09e51aa6e419748e98bd.jpgEn 1818, William Miller, un fermier de Low Hampton dans l’état du Maine, parvient à la conclusion choquante que Christ reviendra sur la terre de manière visible vers 1843 afin d’établir son royaume éternel. C’est l’espérance la plus forte de la Bible : « Voici il vient au milieu des nuées, et tout le monde le verra » (Apocalypse 1.6)  Cette conclusion le remplit de joie mais aussi de crainte. Il se croit seul au monde à le savoir. Il redoute l’idée de propager la bonne nouvelle. Il recule de toutes ses forces en se terrant dans le silence, dans l’attente secrète de ce jour glorieux. Mais il n’est pas dit que les choses mourront tranquillement dans un coin. Qu’elles ne se sauront jamais. Car qu’il veuille ou non, Miller va se trouver propulser sur le devant de la scène.

Miller au dos du mur

Un samedi matin d’août 1831, Miller médite seul dans son bureau. Le sentiment de son fardeau, « va l’annoncer au monde », résonne, pèse plus lourdement que d’habitude. Si fortement qu’il est contraint de s’asseoir. Incapable de taire cette voix, d’écarter cette pensée qui le poursuit, le fermier fait cette promesse à Dieu qui, pense-t-il, le libérera de sa responsabilité : « Si je dois recevoir une invitation à parler publiquement n’importe où, j’irai et je leur dirai ce que j’ai trouvé dans la Bible sur le retour du Christ ». Miller se sent immédiatement soulagé. Une telle proposition ne lui a jamais été faîte. Il ne tarde pas à regretter sa promesse. Une demi-heure plus tard, il a son invitation ! Le fils de Silas Guilford, son beau-frère qui habite à Dresden (à 25 kilomêtres de Low Hampton), vient de la part de son père lui demander de conduire une étude de la Bible sur le retour du Christ, au service dominical du lendemain car le prédicateur local n’est pas disponible. Incroyable !

Miller est sur l’instant furieux contre lui-même. Pourquoi a-t-il prit un engagement aussi stupide ? Sans se soucier du garçon, il gagne un bosquet voisin et s’agenouille. Il argumente avec Dieu pendant une heure, le suppliant de ne pas l’obliger à parler. Il a le dos au mur ! Finalement, il sent une grande paix l’envahir. Il accepte de tenir parole à condition de recevoir un soutien spirituel d’En-haut. Le service religieux du dimanche est un grand succès. Aussitôt qu’il ouvre la bouche, Miller perd toute trace de timidité. Il s’exprime avec conviction. A tel point que la congrégation l’invite à prêcher toute la semaine. Et donc il s’exécute !

De retour à la maison, il découvre une lettre, une invitation de l’église de Poultrey qui lui demande de tenir une série de réunions sur le même thême : le retour du Christ. A partir de ce moment là, il reçoit invitations sur invitations à prêcher dans les églises de la région rurale de la Nouvelle Angleterre et de l’est du Canada.

 

Est-il devenu fou ?

Comme il le redoutait, Miller est aussitôt critiqué sur ses croyances. On met en doute son équilibre mental. Les gens chuchotent que c’est un bon voisin sauf qu’il est un monomaniaque. Miller l’apprend. Lors d’une visite du médeçin, qui examine un de ses enfants malade, il lui pose ouvertement la question : « Pouvez-vous me dire quand un homme est monomaniaque ? » Le médeçin rougit : « Un monomaniaque est rationel sur tous les sujets sauf sur un seul. Quand vous touchez à ce sujet particulier, il est  intarissable ». Miller rétorque : « Eh bien, j’insiste : examinez-moi afin de savoir si je suis monomaniaque. Si je le suis, faites-moi une prescription et  soignez-moi. Asseyez-vous avec moi pendant deux heures. Je vais vous présenter le sujet sur le retour du Christ. Cela vous donnera le temps de découvrir si je suis monomaniaque. » Miller propose de payer la consultation. Un peu déconcerté, le médecin accepte. A la demande de Miller, il lit Daniel 8 dans la Bible. Durant sa lecture, Miller lui montre que les symboles sont indiqués dans le texte. Le bélier représente la Perse, le bouc la Grèce, la petite corne Rome. Le médecin se rappelle qu’il a lu cela dans un livre d’Isaac Newton sur les prophéties de Daniel et de l’Apocalypse. Le public l’ignore aujourd’hui, mais Newton n’est pas seulement un des plus grands génies scientifiques de tous les temps. Comme Blaise Pascal, c’était aussi un grand théologien. Le savant croyait au retour du Christ. Miller demande au médecin :

- Combien de temps dure la vision ? 

- 2300 jours.

- Comment cela ? Ces grands empires peuvent-ils couvrir seulement une période de 2300 jours ?

- Selon tous les commentateurs, ces jours sont des années. Ces royaumes couvrent une période de 2300 années.

Miller lui demande s’il connaît la date de la fin de la période. Le médecin admet qu’il n’en sait rien. Miller l’invite à lire Daniel 9. Arrivés au verset 21, il lui fait faire une pause. Le prophète Daniel parle de l’ange Gabriel qu’il a vu en vision. Miller demande au médecin :

- Qu’elle est cette vision ?

- C’est la vision de Daniel 8.

- Regardez : « Sois attentif à ce message et comprends cette vision » (verset 23). Il est venu l’aider à comprendre cette vision, n’est-ce pas ?

- Oui.

- Bien. « Une période de soixante-dix semaines a été fixée » (verset 24). Ces soixante-dix semaines font partie de quoi ?

- Des 2300 jours.

- Commencent-elles avec les 2300 jours ?

- Oui.

- Quand s’achèvent-elles ?

- En l’an 33.

- La fin des 2300 jours se situe combien de temps après l’an 33 ?

Le médecin fait le calcul. Dans une semaine, il y a sept jours. 70 x 7 = 490 (jours). Puis il fait la soustraction : 2300 – 490 = 1810. Il réagit :

- C’est dans le passé !

- Oui, mais 1810 après 33, cela donne quelle année ?  

 

Le médecin comprend tout de suite qu’il faut ajouter 33 à 1810. Le résultat est sans appel : 1843 ! Son visage s’empourpre. Il met son chapeau sur la tête et immédiatement il quitte la maison avec rage. Le lendemain, il fait appeler Miller. Son visage reflète une grande agonie. Il lui dit : « Mr Miller, je vais en enfer. Depuis hier, je n’ai pas fermé l’oeil de la nuit. J’ai retourné la question dans tous les sens. La vision doit se terminer vers 1843. Je ne suis pas prêt. Je suis bon pour l’enfer ». Calmement, Miller le rassure. Il lui montre qu’il existe une voie de salut. Une semaine plus tard, le médecin ressent la paix et la joie de l’espérance du retour du Christ.

 

L’anti-star religieuse

Même si ce n’est pas facile, Miller continue à annoncer la nouvelle. A partir du 15 mai 1832, il écrit des articles anonymes pour le « Vermont Telegraph ». Signés M.W. Mais à son grand regret, le public sait qu’il est l’auteur. Le rédacteur en chef a refusé de diffuser les articles sans révéler qui les a écrit. Les choses se précipitent un peu. En septembre 1833, l’église baptiste locale de Miller à Low Hampton vote, sans l’avertir, de lui délivrer une lettre d’accréditation de prédicateur. Toutefois, il ne sera jamais ordonné pasteur. Miller refusera d’ailleurs de porter le col, la robe cléricale et le titre de « révérend ».

A la fin de 1834, Miller se consacre à plein temps à la prédication car il ne peut plus répondre à toutes les invitations en travaillant à mi-temps dans la ferme. Il constate : « Le Seigneur ouvre les portes plus vite que je ne peux les ouvrir ». Mais c’est un vrai sacrifice. Il ne reçoit pas de salaire. Jusqu’en 1836, il ne reçoit aucun dédommagement pour ses déplacements. Même après cette date, ce sera toujours insuffisant. Ses livres ne lui rapportent aucun dollar non plus. Ses maigres revenus proviennent de ses modestes économies et des produits de sa ferme, gérée par ses fils.

Quand Miller commence à prêcher dans les villes moyennes, il a 58 ans. Son état de santé est passable. Physiquement, il ne fait pas grande impression. Le pasteur Timothy Cole en fera l’amère expérience en allant le chercher à une gare ferrovière. Cole s’attend à voir un prédicateur célèbre. Un homme élégant et imposant. Il regarde attentivement les passagers qui descendent du train mais il ne voit personne. Finalement, un homme ridé un peu chauve, s’approche de lui, la main tremblante. C’est Miller ! Décontenancé, Cole regrette profondément sur l’instant de l’avoir invité à prêcher dans son église. Plus qu’embarrassé, il fait entrer Miller par la porte de derrière, lui montre la chaire, et va s’asseoir dans la congrégation. Miller est mal à l’aise de se trouver seul sur l’estrade mais faisant mauvaise fortune bon coeur, il se met à prêcher. Au bout de quinze minutes, l’opinion de Cole change radicalement. Il monte s’asseoir sur l’estrade derrière Miller. Les réunions produisent un réveil spirituel dans la congrégation. Quarante personnes, et un peu plus tard soixante personnes, acceptent le Christ et sont baptisées.

 

A quatre années du jour J

Disons-le franchement. Miller prêche, c’est bien. Des gens se convertissent, c’est très bien. Mais on est loin d’un grand mouvement populaire de proclamation du retour du Christ. Miller est un personnage isolé. Un sujet de curiosité. Il est vieux, fatigué, parfois malade. En règle générale, il s’aperçoit que les hommes d’église sont « les plus difficiles à convaincre » sur la doctrine du retour du Christ, bien qu’il répond à toutes leurs objections. Certains le qualifient de fou et d’imposteur. La nouvelle risque même de s’éteindre dans l’obscurité. Mais, comme nous le verrons, Miller fera une rencontre en 1839 qui va tout bouleverser.

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