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La création de la Revue adventiste (JL Chandler)

revie.jpg Avant 1850, les adventistes n’ont nullement l’intention, et ne tentent jamais, d’évangéliser des incroyants. Cette surprenante attitude s’explique par leur croyance de « la théorie de la porte fermée ». Ils pensent (y compris Ellen White) que le temps de la miséricorde divine s’est achevé en octobre 1844, un peu comme lorsque Dieu ferma la porte de l’arche de Noé sur les antédiluviens. On ne peut plus rien faire pour ceux qui ont rejeté le message du retour du Christ (qu’ils acceptent sans assigner une date). Quand les adventistes parviennent à l’unité doctrinale au cours des conférences du sabbat (1848-1850), ils cherchent seulement à rallier les millérites à leur cause. En total contraste avec cette compréhension des choses, Ellen White reçoit une vision – déterminante dans l’évolution de l’adventisme – qui révèle que la proclamation de leur message sera mondiale. Mais ils ne comprennent pas ce qu’elle veut dire.

Flots de lumière

revue.jpgLa vision, rapportée dans l’autobiographie Life Sketches of James and Ellen White, a lieu le 18 novembre 1848 au cours d’une réunion dans la maison d’Othis Nichols à Dorchester dans le Massachussetts. Dans celle-ci, Ellen voit des jets de lumière qui grossissent en faisant le tour du globe terrestre. Après la vision, elle dit à son mari : « J’ai un message pour toi. Tu dois imprimer un petit journal et l’envoyer aux gens. Il sera petit au début mais les gens le liront. Ils t’enverront l’argent pour l’imprimer et ce sera une réussite dès le départ. Il m’a été montré que de ce petit commencement des flots de lumière feront le tour du monde. » Voilà à quoi servent les visions : donner une orientation spirituelle et missionnaire ; confirmer une orientation doctrinale et prophétique au mouvement adventiste naissant.

Cette perspective rend James White perplexe. Publier un journal ? Mais comment ? Leurs ressources sont si maigres qu’en quatre ans (de mai 1849 à juin 1853), les White déménageront six fois. Etant à la recherche d’un emploi décent et surtout d’une imprimerie qui éditerait un périodique à bas coûts, ils résideront au Connecticut, dans l’état de New York et finalement au Michigan. Parfois ils logent chez une famille adventiste qui les a gentiment invités. A certains moments, James délaisse l’écriture pour travailler dans une ferme ou sur une voie ferrée. Il est parfois complètement découragé. A plusieurs reprises, Ellen reçoit dans une vision un ordre express. « J’ai vu que Dieu ne voulait pas que James s’arrête mais qu’il devait écrire, écrire, écrire, répandre le message et le laisser faire son chemin », dira-t-elle à l’historien Arthur Spalding. La belle affaire ! Mais vers la fin de juillet 1849, à Middeltown dans le Connecticut, un imprimeur accepte d’imprimer à crédit mille exemplaires du premier numéro du Present Truth (La vérité contemporaine). Un bimensuel de huit pages. En théorie ! Sa parution est très irrégulière. Seulement onze numéros sont publiés en quinze mois !

Plus qu’un prophète

Quelques jours plus tard (le 28 juillet), Ellen donne naissance à Edson, son deuxième fils. Parfois, elle se trouve devant un dilemme impossible : acheter du lait ou un vêtement pour le bébé. Le cœur gros, la jeune mère doit bientôt confier la garde de ses enfants à des amis afin de poursuivre ses nombreux voyages et délivrer ses messages. Ce n’est pas de gaieté de cœur. Elle est déprimée. Dans un sens, cela se comprend avec les difficultés financières, la fatigue, la dépression post-natale, une santé précaire, et instinct maternel oblige, la culpabilité d’être séparée des petits. Mais c’est surtout qu’Ellen n’apprécie pas, ne ressent pas de plaisir à exercer son ministère. A ses yeux, la responsabilité est déplaisante et écrasante. Elle trouve les messages lourds, pesants à porter. Elle est la cible des critiques et de l’opposition. Elle supplie Dieu avec larmes. « Enlève-moi cette mission. Confie-la à quelqu’un d’autre. » De nombreuses fois elle souhaite mourir, tellement elle aimerait être déchargée.

Alors quand on s’étonne qu’elle ne clame pas être une prophétesse (comme le prétendent quelques deux cent personnes aux Etats-Unis à l’époque), elle confie, peut-être dans un soupir de lassitude : « J’ai reçue l’instruction que je suis la messagère du Seigneur… Dans ma jeunesse, on m’a souvent demandé : Es-tu un prophète ? J’ai toujours répondu : Je suis la messagère du Seigneur. Je sais que beaucoup de gens m’ont appelée une prophétesse mais je ne revendique pas ce titre… Pourquoi je n’ai pas clamé être un prophète ? Parce qu’à cette époque là, la plupart de ceux qui prétendaient être des prophètes étaient une opprobre pour la cause du Christ. C’est aussi parce ce que mon œuvre inclut bien plus que le mot prophète » (Manuscrit, 26 mai 1906).

Ellen ne s’est pas encore complètement enlevée de l’esprit que Dieu n’est pas sévère et intransigeant (une croyance populaire). Au fil du temps, elle découvrira qu’il est amour, compassion et mansuétude. Elle apprendra que servir le Roi de l’univers est un très grand honneur, une joie irrépressible, la meilleure source d’épanouissement. A plus forte raison comme une porte-parole, une « plus qu’un prophète » - puisqu’elle est dotée de plusieurs dons spirituels (la sagesse, le discernement des esprits, la générosité) et qu’elle sera la co-fondatrice de l’Eglise adventiste du septième jour, une guide spirituelle, une écrivaine, une missionnaire et une prédicatrice. Progressivement, son attitude évoluera. Super motivée, elle accomplira sa mission avec zèle, vaillance, joie et confiance dans le soutien de Dieu. Quelle différence un autre regard sur Dieu peut faire !

La Revue adventiste

Fort d’une meilleure compréhension des évènements de 1844, James White estime que « le temps de la dispersion » des millérites est terminé. C’est maintenant « le temps du regroupement ». Ellen White partage ce point de vue. En août 1850, elle encourage les adventistes à rameuter les millérites : « Le Seigneur m’a montré que James doit prendre les témoignages que les frères dirigeants adventistes publièrent en 1844, et les republier afin de les couvrir de honte ». Les millérites doivent revenir à certains enseignements (le retour du Christ, l’immortalité conditionnelle, l’inexistence de l’enfer, le message des trois anges) et considérer d’autres découvertes doctrinales (l’instruction du jugement, le sabbat). Dans ce but, le même mois, James White lance un second périodique de 16 pages, l’Advent Review. Après quatre parutions, il le fusionne avec le Present truth sous un nouveau titre : Second Advent Review and Sabbath Herald. Avec le temps, ce nom sera abrégé. En 1978, il prendra le titre qu’on lui connaît actuellement : Adventist Review (la Revue adventiste).

A la grande surprise des adventistes, une conséquence inattendue de leur activisme est la conversion, dès 1850, de personnes incroyantes ou non millérites. Soudainement, ils réalisent que leur vision des choses est étroite et incorrecte : la porte de la grâce divine demeure ouverte. Il faut annoncer le retour du Christ jusqu’à ce que… la terre entière soit avertie ! « Cette Bonne Nouvelle du règne de Dieu sera proclamée dans le monde entier pour que tous les peuples en entendent le témoignage. Alors seulement viendra la fin » (Matthieu 24.14). Une fois de plus, ils réalisent qu’ils doivent beaucoup désapprendre avant d’apprendre. En s’ouvrant à l’idée d’évangéliser, du même coup ils grimpent en trois ans (1850-1852) de 200 à 2000 croyants.

Durant la décennie 1850, la diffusion de la Review (comme on l’appelle affectueusement) permet la survie et l’expansion de l’adventisme. En l’absence d’une organisation officielle, cet hebdomadaire rassemble, unifie et solidifie la foi des adventistes. Il fournit des nouvelles, publie les opinions des lecteurs, discute des idées et diffuse des recherches bibliques.

A travers le monde

Pour autant, les adventistes ne comprennent pas les paroles d’Ellen White : ces fameux « flots de lumière qui feront le tour du monde » ! Ils sont à des années-lumière d’imaginer que cette vision inspirera des générations d’adventistes et qu’elle façonnera la conception de leur mission. Ils ignorent que cet avenir se comptera en décennies ! Aujourd’hui, le journal des humbles commencements est publié en de nombreuses langues (dont le mensuel français, la Revue adventiste) et est lu sur le net : www.adventistreview.org. En 2005, son équipe de rédaction lance le mensuel mondial Adventist World en six langues (dont le français) à plus de deux millions d’exemplaires, et pose son contenu sur la toile : www.french.adventistworld.org. Des centaines de périodiques adventistes en 360 langues, comme Signes des temps (en Europe francophone) ou Priorités (aux Antilles-Guyane), sont diffusés. A cela s’ajoute d’autres moyens de communication. Adventist World Radio (la radio adventiste mondiale) et de nombreuses stations de radios adventistes émettent à travers le monde. Hope Channel (la télé de l’Espoir, avec ses sept chaînes continentales par satellite, aussi visibles sur le portal www.hopetv.org et www.hopetv.fr pour les programmes en français), 3ABN (visible sur www.3abn.org), 3ABN Latino, LLBN (visible sur www.llbn.tv), LLBN en arabe et Safe TV couvrent le monde entier.

Au milieu du XIX e siècle, on ne saurait blâmer l’incompréhension des adventistes. Vous parlez d’une évangélisation mondiale alors qu’ils n’ont strictement rien : pas de clergé salarié, pas de bâtiments d’église, pas de ressources financières, pas d’organisation, pas d’imprimerie. Comme nous le verrons, il faut au moins commencer par là. Dur programme !

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