Que les sciences humaines ne se cantonnent pas aux laboratoires, aux amphithéâtres, aux conférences ou aux séminaires n'est en rien une idée nouvelle. En France, l'ambition a notamment été portée par Alain Touraine, qui proposait dès 1978, dans La Voix et le Regard, un appareillage méthodologique pour étudier les mouvements sociaux de l'intérieur, tout en assumant la place active du sociologue.
Pourtant, dans son expression universitaire, la recherche prolonge rarement l'analyse par de véritables propositions d'action. Épris d'une légitime neutralité axiologique, bien des chercheurs défendent l'idée que l'implication nuit à l'objectivité et à la qualité des résultats. Cette critique majeure doit être entendue. Mais refuser par principe l'implication, c'est aussi se soustraire à une injonction sociale parfaitement fondée : celle d'apporter une expertise non pas seulement pour comprendre, mais pour proposer des axes d'action.
Pourtant, dans son expression universitaire, la recherche prolonge rarement l'analyse par de véritables propositions d'action. Épris d'une légitime neutralité axiologique, bien des chercheurs défendent l'idée que l'implication nuit à l'objectivité et à la qualité des résultats. Cette critique majeure doit être entendue. Mais refuser par principe l'implication, c'est aussi se soustraire à une injonction sociale parfaitement fondée : celle d'apporter une expertise non pas seulement pour comprendre, mais pour proposer des axes d'action.
Une société qui est à la fois l'objet de la recherche et, souvent, son financeur, est en droit de savoir ce qui se produit sur elle ou en son nom. Elle l'est surtout d'exiger une praxéologie là où la connaissance accumulée est assez solide pour devenir opérante.
Évidemment, la science peut reconnaître son incapacité sur telle ou telle demande. Mais en fuyant l'intervention, elle laisse la place au simplisme. Et les sciences humaines, sans en porter seules le chapeau, gagneraient à s'interroger sur leur part de responsabilité dans l'irrésistible ascension de ce simplisme. La nature n'aimant pas le vide, des officines, des spécialistes en tout (donc en rien), des commentateurs et des stratèges de la communication ont occupé quantité de places où l'on attendait des chercheurs.
Allons à l'essentiel. Jamais l'histoire n'a rendu accessibles autant de connaissances, et jamais elle n'a laissé prospérer autant de méconnaissances sur le monde social. La question clé est celle du medium : par quel canal exprimer une expertise, la vulgariser, sans la compromettre ? Pourquoi les chercheurs ne disposent-ils pas de leur propre medium grand public ? La question est politique. Elle n'a surtout jamais été posée. Fortement.
C'est précisément à cette place vacante que SAEXFO tente de répondre : faire descendre le savoir validé là où il peut agir. Et parmi les collectifs qui gagneraient à s'en saisir, les groupes religieux occupent une position singulière.
Un groupe religieux est aussi une organisation
Il recrute, transmet, arbitre, gère des conflits, prépare des successions, dialogue avec des institutions, traverse des crises. Ces défis de gouvernance ne sont pas moins réels parce qu'ils s'adossent à une vocation spirituelle. Or les sciences humaines disposent, sur chacun d'eux, d'un savoir éprouvé.
Accompagner un groupe religieux, ce n'est donc pas le convertir à une rationalité étrangère. C'est lui donner les moyens de :
- mieux comprendre les réalités sociales dans lesquelles il évolue ;
- s'outiller face à la complexité croissante des attentes — celles de la société comme celles de ses propres membres ;
- s'appuyer sur des connaissances scientifiques validées, ajustées aux exigences de la vie en communauté ;
- construire des relations convergentes avec les décideurs politiques et économiques, tout en inscrivant ses spécificités plutôt qu'en les gommant ;
- anticiper et accompagner les demandes internes avant qu'elles ne deviennent des tensions ;
- élaborer des stratégies de crise plutôt que de les improviser ;
- maîtriser les codes de républicain dont la laïcité, non comme une contrainte subie, mais comme un cadre qui protège sa place et sa liberté.
Et tout cela, sans aucun effet sur l'offre théologique, les croyances ou la culture du groupe. La gouvernance n'est pas la doctrine, même si la doctrine peut librement l’orienter.
Ce déplacement change aussi le regard porté sur les membres. Une meilleure gouvernance ne les traite plus seulement comme des fidèles à encadrer, mais comme des contributeurs, des acteurs à part entière de la vie sociale. C'est peut-être là le gain le plus profond : rendre au groupe et à ses membres leur pleine qualité d'agents.
Ce qui fait hésiter… et ce qui rassure
Reste une évidence : se faire accompagner peut inquiéter. Ces craintes sont légitimes ; les taire reviendrait à leur donner raison. Autant les nommer.
« On va faire de nous un objet d'étude. » C'est la crainte de l'instrumentalisation : livrer son intimité collective pour nourrir une recherche ou un fichier. La réponse tient à la posture. Un accompagnement n'est pas une enquête déguisée. Il repose sur la confidentialité, sur un mandat clair, et le groupe demeure seul propriétaire de ce qui se dit et de ce qui se décide.
« On va diluer notre foi. » C'est la peur que le sociologue « rationalise » les croyances, les relativise, impose un cadre sécularisé qui érode le noyau spirituel. Ici, la neutralité axiologique cesse d'être une limite pour devenir une garantie. L’intervention sociologique met la question de la vérité entre parenthèses et la laisse aux responsables de la communauté. Il ne se prononce pas sur ce qui est cru. Il travaille sur la manière dont le groupe s'organise pour vivre et transmettre ce qu'il croit.
« On va nous stigmatiser. » Beaucoup de collectifs religieux, singulièrement minoritaires, ont appris à se méfier d'un regard extérieur qui les range d'emblée du côté du problème, voire de la « secte ». Un accompagnement scientifique fait exactement l'inverse. Il suppose des compétences objectives et non stigmatisantes, et traite le groupe comme un acteur légitime de la vie sociale, jamais comme une pathologie.
« On va perdre la main. » C'est la crainte d'une dépossession et qu'un intervenant impose de l'extérieur des logiques managériales étrangères à la communauté. Or l'accompagnement se construit avec le groupe, non à sa place. Le consultant sociologue outille et propose. Il ne gouverne pas. La décision, toujours, reste souveraine.
« Un profane ne peut pas comprendre. » C'est enfin le doute sur la compétence même : comment un regard extérieur saisirait-il une réalité qui se vit de l'intérieur ? La réponse est une exigence de méthode notamment avec « la compréhension » au sens wébérien, qui restitue le sens que les acteurs donnent eux-mêmes à leur action. Doublée d'une longue familiarité de terrain avec ces milieux, le sociologue, comprend sans juger. C'est la condition d'un accompagnement juste.
Un levier, pas un renoncement
Faire des sciences humaines un levier d'action, ce n'est pas troquer la rigueur contre l'utilité. C'est refuser que le vide laissé par les chercheu
Pourtant, dans son expression universitaire, la recherche prolonge rarement l'analyse par de véritables propositions d'action. Épris d'une légitime neutralité axiologique, bien des chercheurs défendent l'idée que l'implication nuit à l'objectivité et à la qualité des résultats. Cette critique majeure doit être entendue. Mais refuser par principe l'implication, c'est aussi se soustraire à une injonction sociale parfaitement fondée : celle d'apporter une expertise non pas seulement pour comprendre, mais pour proposer des axes d'action.
Une société qui est à la fois l'objet de la recherche et, souvent, son financeur, est en droit de savoir ce qui se produit sur elle ou en son nom. Elle l'est surtout d'exiger une praxéologie là où la connaissance accumulée est assez solide pour devenir opérante.
Évidemment, la science peut reconnaître son incapacité sur telle ou telle demande. Mais en fuyant l'intervention, elle laisse la place au simplisme. Et les sciences humaines, sans en porter seules le chapeau, gagneraient à s'interroger sur leur part de responsabilité dans l'irrésistible ascension de ce simplisme. La nature n'aimant pas le vide, des officines, des spécialistes en tout (donc en rien), des commentateurs et des stratèges de la communication ont occupé quantité de places où l'on attendait des chercheurs.
Allons à l'essentiel. Jamais l'histoire n'a rendu accessibles autant de connaissances, et jamais elle n'a laissé prospérer autant de méconnaissances sur le monde social. La question clé est celle du medium : par quel canal exprimer une expertise, la vulgariser, sans la compromettre ? Pourquoi les chercheurs ne disposent-ils pas de leur propre medium grand public ? La question est politique. Elle n'a surtout jamais été posée. Fortement.
C'est précisément à cette place vacante que SAEXFO tente de répondre : faire descendre le savoir validé là où il peut agir. Et parmi les collectifs qui gagneraient à s'en saisir, les groupes religieux occupent une position singulière.
Un groupe religieux est aussi une organisation
Il recrute, transmet, arbitre, gère des conflits, prépare des successions, dialogue avec des institutions, traverse des crises. Ces défis de gouvernance ne sont pas moins réels parce qu'ils s'adossent à une vocation spirituelle. Or les sciences humaines disposent, sur chacun d'eux, d'un savoir éprouvé.
Accompagner un groupe religieux, ce n'est donc pas le convertir à une rationalité étrangère. C'est lui donner les moyens de :
- mieux comprendre les réalités sociales dans lesquelles il évolue ;
- s'outiller face à la complexité croissante des attentes — celles de la société comme celles de ses propres membres ;
- s'appuyer sur des connaissances scientifiques validées, ajustées aux exigences de la vie en communauté ;
- construire des relations convergentes avec les décideurs politiques et économiques, tout en inscrivant ses spécificités plutôt qu'en les gommant ;
- anticiper et accompagner les demandes internes avant qu'elles ne deviennent des tensions ;
- élaborer des stratégies de crise plutôt que de les improviser ;
- maîtriser les codes de républicain dont la laïcité, non comme une contrainte subie, mais comme un cadre qui protège sa place et sa liberté.
Et tout cela, sans aucun effet sur l'offre théologique, les croyances ou la culture du groupe. La gouvernance n'est pas la doctrine, même si la doctrine peut librement l’orienter.
Ce déplacement change aussi le regard porté sur les membres. Une meilleure gouvernance ne les traite plus seulement comme des fidèles à encadrer, mais comme des contributeurs, des acteurs à part entière de la vie sociale. C'est peut-être là le gain le plus profond : rendre au groupe et à ses membres leur pleine qualité d'agents.
Ce qui fait hésiter… et ce qui rassure
Reste une évidence : se faire accompagner peut inquiéter. Ces craintes sont légitimes ; les taire reviendrait à leur donner raison. Autant les nommer.
« On va faire de nous un objet d'étude. » C'est la crainte de l'instrumentalisation : livrer son intimité collective pour nourrir une recherche ou un fichier. La réponse tient à la posture. Un accompagnement n'est pas une enquête déguisée. Il repose sur la confidentialité, sur un mandat clair, et le groupe demeure seul propriétaire de ce qui se dit et de ce qui se décide.
« On va diluer notre foi. » C'est la peur que le sociologue « rationalise » les croyances, les relativise, impose un cadre sécularisé qui érode le noyau spirituel. Ici, la neutralité axiologique cesse d'être une limite pour devenir une garantie. L’intervention sociologique met la question de la vérité entre parenthèses et la laisse aux responsables de la communauté. Il ne se prononce pas sur ce qui est cru. Il travaille sur la manière dont le groupe s'organise pour vivre et transmettre ce qu'il croit.
« On va nous stigmatiser. » Beaucoup de collectifs religieux, singulièrement minoritaires, ont appris à se méfier d'un regard extérieur qui les range d'emblée du côté du problème, voire de la « secte ». Un accompagnement scientifique fait exactement l'inverse. Il suppose des compétences objectives et non stigmatisantes, et traite le groupe comme un acteur légitime de la vie sociale, jamais comme une pathologie.
« On va perdre la main. » C'est la crainte d'une dépossession et qu'un intervenant impose de l'extérieur des logiques managériales étrangères à la communauté. Or l'accompagnement se construit avec le groupe, non à sa place. Le consultant sociologue outille et propose. Il ne gouverne pas. La décision, toujours, reste souveraine.
« Un profane ne peut pas comprendre. » C'est enfin le doute sur la compétence même : comment un regard extérieur saisirait-il une réalité qui se vit de l'intérieur ? La réponse est une exigence de méthode notamment avec « la compréhension » au sens wébérien, qui restitue le sens que les acteurs donnent eux-mêmes à leur action. Doublée d'une longue familiarité de terrain avec ces milieux, le sociologue, comprend sans juger. C'est la condition d'un accompagnement juste.
Un levier, pas un renoncement
Faire des sciences humaines un levier d'action, ce n'est pas troquer la rigueur contre l'utilité. C'est refuser que le vide laissé par les chercheurs soit comblé par le simplisme. Pour un groupe religieux, s'y ouvrir, c'est gagner en capacité. C’est anticiper, dialoguer, traverser les crises, prendre sa juste place dans la société globale sans rien céder de ce qui fait son identité. C'est aussi reconnaître ses membres pour ce qu'ils sont pleinement : des contributeurs de la vie commune.
C'est cette conviction, et cette méthode, que SAEXFO met à disposition.
Fabrice DESPLAN
Président, Fondateur de SAEXFO