02.01.2007
Sexe et stratégies matrimoniale (II)
Mais ce qui est intéressant, c’est la fonction matrimoniale que prennent les espaces d’échanges et de rencontres. Et là n’est pas l’apanage adventiste mais parlons-en. L’importante structure associative adventiste est un des facteurs de rencontre les plus marquant. Dans les entretiens que j’ai réalisé, les rencontres de jeunesse, les agapes, les meetings, les tent meeting, sont des espaces de rencontres à la base de la construction de couples. Cela est encore plus marquant chez les couples dont les deux membres sont des héritiers continuels, nés de parents reconnus dans le groupe pour leur engagement (enfants de pasteurs…). Une autre occasion de rencontre sont les lieux de formation (Instituts universitaires, formations temporaires de laïcs, etc.).
Que montre ces lieux, présentés ici en vrac ? Les adventistes célibataires, même quand ils sont en situation d’isolement géographique, peuvent rebondir (volontairement ou pas – ce n’est pas important) sur le dense réseau relationnel adventiste. Il est un cadre, un dispositif social, qui bien souvent est propice aux rencontres. Ce qu’il y a de particulièrement intéressant c’est que cet usage social (rencontres amoureuses) est souvent éloigné des visés des organisateurs, qui sont évidemment, comme tous les responsables associatifs, conscients des opportunités de rencontres qu’ils offrent. Les célibataires en quête légitime d’un partenaire, nous déclarent être parfaitement conscients des opportunités de rencontres. Si cela est évident et normal d’ailleurs, le plus surprenant ce sont les représentations qu’ont des individus non membres du groupe sur la vie sociale adventiste, dans la perspective de rencontres amoureuses et/ou passionnelles. Des adventistes, souvent des Néophytes conquis (ils ne sont pas si nombreux que cela pour diverses raisons méthodologiques surtout), nous indiquent être rentrés en primo relation avec l’adventisme, parce qu’ils se représentaient la vie sociale adventiste comme dense et surtout propice aux rencontres. Cela est vraiment intéressant. Mais au-delà du rire, de la surprise de ces rares cas et de la suspicion que cela entraine auprès de vous, notons une confirmation des remarques de Max Weber sur l’éthique protestante. En effet, ces individus, (des hommes comme par hasard !), avant d’intégrer l’Eglise Adventiste, se représentaient les femmes adventistes comme remplies de vertus, plus difficilement présentes, voire absentes chez les "femmes du monde". Ainsi pour eux la fidélité, la loyauté, la virginité (décrite comme une qualité morale), la sincérité, etc. sont plus facilement présentes chez les croyantes adventistes. Voilà qui nous rappelle l’émergence du capitalisme comme Max Weber le raconte. Les qualités qualifiées aux protestants facilitaient la confiance, élément essentiel à l’émergence du capitalisme. Et oui, c’est rigolo mais il faut avouer que les qualités supposées présentent chez une pratiquante religieuse, ici une adventiste, attirent. Pas seulement des adventistes, mais également des non adventistes qui dans leur parcours ont été préalablement en contact avec l’Eglise Adventiste.
Finissons par noter que tous les individus qui déclarèrent être devenus adventisme par stratégie matrimoniale ont tous quitté le groupe. Ils indiquent être redevenus adventiste après "une expérience réelle de conversion", c'est-à-dire loin de préoccupations matrimoniales.
20:30 Ecrit par fades dans Groupes religieux minoritaires | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note
| Tags : Sexe |
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Commentaires
Y a-t-il un effet seuil dans les milieux endogamiques, où à partir d'un certain moment il y aurait de moins en moins de mariage et où d'autre part il y aurait un déséquilibre "obligatoire" entre population masculine et féminine ?
Tu es dans une approche ethno-méthodologique ou quantitative ? Explicitement, aurons-nous jamais des chiffres, même si au fond ils ne veulent "rien dire", quel est votre cadre théorique ?
A quel stade en êtes vous de votre étude, quel est le bénéfice de l'immersion, sachant que certes la recherche objective n'existe pas, mais n'y a-t-il pas des biais à vouloir creuser cette question, et quels sont ceux que vous voyez de votre point de vue?
Weber peut être convoqué pour énormément de phénomènes. (J'avais noté avec un sourire sa remarque sur les jeunes filles célibataires industrieuses, qui aujourd'hui remplissent notre église). Je ne connais pas malheureusement tous ces auteurs, je n'ai abordé la sociologie que sous l'angle de l'interculturel avec un lointain souvenir de Bourdieu et Greimas, je vais me documenter.
Que faites-vous du problème des "ethnoclasses", modèle social gravé dans les représentations et donc qui modèle les usages en matière de matrimonialité? Je parle ici du strict cadre français.
J'ai été plus qu'intéressée par ce que j'ai lu.
J'ai une autre question : vers qui pourrais me diriger (lectures, articles...) si je m'intérressais à ce phénomène à mon avis déjà traité : les femmes sont en surnombre dans les églises du monde entier, pourtant c'est une structure qui semble avoir été taillée sur mesure pour les hommes. (plus on monte en "hiérarchie", plus c'est masculin). Pourquoi les hommes "fuient-ils", sont-ils en quelque sorte "rejetés", "expulsés", -je ne sais quel mot choisir- de ces lieux ? (A mon avis l'Eglise serait la dernière structure, où il y aurait un mâle dominant indétronable).
Peut-être cette question ne relève-telle pas de la sociologie, je ne connais pas exactement les limites de cette science, et ce blog m'a paru tellement intéressant que jai eu envie d'écrire.
Ecrit par : LADISLAS Andréa de Staël. | 15.01.2007
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