15.06.2011
L'adventisme dans le rapport de la Miviludes
Le dernier rapport de la Mission Interministérielle de Vigilence et Luttes contre les Dérives Sectaires (DIVILUDES) vient d'être remis au Premier Ministre par son Président, George Fenech. Le rapport se penche sur les mouvements millénaristes et messianiques qu'elle résume dans la terminologie de groupes apocalyptiques.
La Miviludes dans son premier chapitre fait un tour d'horizon de l'actualité des thèmes apocalyptiques. Après avoir très sommairement rappelée quelques déclinaisons du millénarisme et du messianisme, la Miviludes insiste principalement sur l'actualité de la fin des temps autour du New Age, et avec une moindre importance sur l'adventisme. Concernant l'adventisme voici ce qui en ressort :

Aujourd’hui, le millénarisme est au cœur de la doctrine qui prévaut notamment chez les Témoins de Jéhovah, chez les adventistes et les mormons (Église de Jésus-Christ des saints des derniers jours), ainsi que dans la majorité des mouvements protestants. (P. 30)
Que quelques groupes sont nommés avec l'adventisme et « une majorité des mouvements protestants ». Étant un des objets de ce blog il convient de revenir sur la place de l'adventisme dans le rapport et cela malgré le détournement de mes propos dont l'Eglise adventiste s'est rendue coupable dans son B.I.A, distribué à grande échelle, en prolongement d'une affaire d'exorcisme et de séquestration.
L'allusion à l'adventisme comme un des mouvements apocalyptique dont le discours appellerait, selon la Miviludes, à des risques reste très globale et manque de précisions utiles. Il faut noter que l'une des particularités du christianisme, et en son sein le protestantisme qui est ciblé par la Miviludes, est d'avoir un discours adventiste, une approche de la fin des temps, avec énormément de variations. Jean Séguy (†) soulignait même la présence importante d'un catholicisme adventiste. Même si Jean Séguy n'est pas, avec un étonnante surprise, en bibliographie, la Miviludes note que :
L’adventiste désigne quant à lui une doctrine issue d’une branche du protestantisme centrée sur l’attente du retour du Christ a la fin des temps, au jour dernier. Cette doctrine possède un sens commun avec le millénarisme par l’affirmation d’un savoir sur la fin du monde tire de l’interprétation biblique ou de prophéties. (p, 32)
En lisant cette définition il n'y a pas que l'absence de Séguy en référence qui rend perplexe. Jean-Paul Willaime, Sébastien Fath, Raymond Massé, Bernard Blandres, Régis Dericquebourg ou encore David Beriss, Philippe Delisle, Laennec Hurbon... et surtout Henri Desroches (†) ont traité, pour ne parler que de ces derniers, de l'adventisme français, dans des orientations et problématiques très diverses. Et je ne tire pas la couverture vers moi qui ait le plus publié sur l'adventisme français tout en recevant des coups de bâtons de l'Eglise adventiste du septième jour, alors que la presse considère unanimement (sans que je le veuille) mes travaux comme éclairant favorablement le dynamisme de ce groupe religieux dans l'Europe Francophone. Par quelques aspects, certaines allusions de la Miviludes rallient l'histoire des religions et la sociologie des religions, même s'il y aurait tellement à redire. Ainsi, globalement (encore une fois il y aurait tellement à préciser...) la Miviludes dit concernant la doctrine adventiste :
En parallèle, cette doctrine spécifique prend en compte davantage le constat de l’évolution négative de l’homme (conséquence du niveau de corruption de l’homme et de la dégradation de la société) que le rapport à la Terre et a des concepts écologiques. Pour les adventistes, aujourd’hui, face à une situation humaine et sociétale dégradée, il serait parfois légitime d’attendre voire d’espérer la fin imminente de ce monde, correspondant à un châtiment face au constat d’évolution négative de l’homme. Parmi les descendances de l’adventisme classique né en 1831 aux États-Unis et par suite des nombreux schismes issus de cette doctrine, on va retrouver à la fois les Témoins de Jéhovah, les églises adventistes, l’Église universelle de Dieu et l’Église de Jésus-Christ des saints des derniers jours. (32)
On perçoit en filigrane le risque perçu par la Miviludes. Il ne s'agit pas ici de dire si cela est exact ou pas. Prenons la question autrement : est-ce une présentation qui correspond à la complexité de la réalité sociale protestante et plus singulièrement adventiste ?
La réponse est non. Pour cela disons déjà simplement ce qu'est un groupe messianique. Ce sont des groupes qui espèrent en la venue d'un messie pour établir un ordre nouveau. On parle de groupe millénariste quand dans la chronologie des faits qui annoncent l'ordre nouveau intervient une période de "mille ans". L'adventisme est un type majeur du millénarisme messianique comme le soulignait Henri Desroche à l'inverse de ce que vous trouverez dans wikipédia. Ce rappel fait que nombres d'organisations peuvent être englobées et au-delà du christianisme.
Maintenant que le vocabulaire est posé, un reproche central peut être opposé à la Miviludes, c'est celui du catastrophisme. L'adventisme est présenté uniquement comme un potentiel risque alors que l'observation sociologique laisse apparaître une réalité plus complexe. Les membres des organisations protestantes considérées comme apocalyptiques s'investissent de plus en plus dans la société globale et n'ont pas un regard sans espérance sur l'avenir et le quotidien. Au contraire les organisations protestantes tendent à être un source d'encrage rationnel dans la société, loin de pessimisme et du catastrophisme. Ce dernier existe mais n'est pas une réalité univoque. La complexité de messianisme millénariste est dans un discours qui dépeint une réalité et un avenir pessimiste, tout en se considérant comme ayant des responsabilités religieuses, morales, éthiques qui poussent à s'investir dans la société. Ils se perçoivent comme des forces constructives et donc loin d'un langage de la destruction, mais de la construction. Evidemment dans un complexité. L'attente d'une fin imminente n'est d'ailleurs pas uniquement dans la destruction générale du monde. Nombres de groupes tempèrent cet aspect de leur discours face à l'épreuve du temps. Beaucoup intègrent d'autres aspects plus relatifs comme la simple mort naturelle à l'échelle individuelle. L'ambition n'est certainement de participer à une destruction du monde, même si celle-ci est encore une fin décrite comme inéluctable, heureuse et impossible à situer exactement dans le futur, sauf exception.
Parler des groupes protestants millénaristes comme des espaces qui participent au dynamisme de la vie sociale loin des exemples dramatiques de morts collectives semble être une difficulté pour la Miviludes. C'est peut être un choix non exclusif ! Dans ce cas, il est à regretter de ne pas le rencontrer dans le rapport clairement même si des interprétations marginales peuvent surprendre et doivent attiser la vigilance. Plusieurs mouvements protestants étant dans le viseur de la Miviludes même si seul l'Eglise adventiste est nommé, il faudra certainement s'attendre dans le jours qui suivent une réaction de la Fédération Protestante de France, ce qui après tout serait tout à fait légitime.
15:09 Écrit par fades dans Actualité, Adventiste, Groupes religieux minoritaires, Miviludes, secte, Témoins de Jéhovah | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note
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Commentaires
Bonne continuation
;-)
Écrit par : DeeDee McCall | 15.06.2011
Répondre à ce commentaireGeorges Fenech, ancien partisan de la peine de mort (de nos jours personne n’ose plus l’avouer), mais toujours partisan de la tolérance zéro, a été refusé en 1998 au poste de premier juge d'instruction pour avoir publié des propos à connotation antisémite dans la revue qu'il dirigeait, puis renvoyé en correctionnelle en 2007 par le juge Philippe Courroye dans une affaire de vente d'armes en Angola. En 2008, le Conseil Constitutionnel a annulé son mandat de député et l'a déclaré inéligible pendant un an, tandis qu'il était de plus mis en examen pour diffamation envers un parti politique et son président.
En 2005, il a fondé avec entre autres Pierre Fabre, président-directeur général des Laboratoires Pierre Fabre, le Momagri, un « think tank » aujourd’hui présidé par Pierre Pagesse, le président de Limagrain, chargé de promouvoir l’agriculture OGM par un lobbying intensif auprès des institutions françaises, européennes et internationales.
Il serait intéressant de vérifier les relations qui existent entre Pierre Fabre et Fenech, pourfendeur des médecines complémentaires, ce qui pourrait expliquer bien des choses. D’autant que le 10 janvier 2007, Georges Fenech a défendu à l’Assemblée Nationale l’amendement 139 relatif aux obligations vaccinales devant la commission des lois, contre l’avis du président de cette dernière et l’avis du gouvernement. L’ex-député avait alors déclaré : « Les vaccinations sont obligatoires, mais, suivant la vaccination, les pénalités ne sont pas les mêmes. Nous proposons de frapper des mêmes pénalités tous les refus de vaccination, c’est-à-dire six mois d’emprisonnement et 3 750 euros d’amende. »
Et pour en finir avec ce personnage peu recommandable qui se targue de vérifier comment les tribunaux s'occupent des « dérives sectaires », nous devons connaître la position de personnes plus qualifiées que lui pour parler de ces « dérives ».
En décembre 2006, Mme Sancy, du Bureau des affaires judiciaires de la législation, directeur de la protection judiciaire de la jeunesse a déclaré que « la problématique "sectaire" dans le travail des magistrats et des éducateurs était très marginale par rapport à l'ensemble des autres problèmes. » M. Etienne Madranges, magistrat à la cour d’appel de Paris, n’a trouvé « aucun cas », M. Didier Leschi, Chef du bureau central des cultes, ministère de l'Intérieur s'est opposé à la Commission d'enquête parlementaire sur les sectes et les mineurs à propos du statut juridique des Témoins de Jéhovah et a assuré : « Jamais d'incident qui mette en cause des enfants. »
M. Jean-Yves Dupuis, Inspecteur général du ministère de l'Education nationale a signalé que sur 19 000 signalements aux procureurs de la République, concernant des enfants qu'on estimait être en danger, lorsqu’ils ont demandé aux inspecteurs d'académie quels étaient, parmi ces enfants en danger, ceux qui l'étaient à cause de mouvements "sectaire", « ils nous ont répondu qu'il y en avait huit. »
Françoise Le Bihan, directrice adjointe du service des Français à l'étranger et des Etrangers en France (DFAE) au ministère des Affaires étrangères n'a trouvé trace que de deux cas présentant un lien avec le comportement « sectaire » dans ce vaste ensemble. Et Thierry-Xavier Girardot, directeur des affaires juridiques au ministère de l'Education nationale, de l'enseignement supérieur et de la recherche a signalé que sur vingt-trois enfants déclarés être concernés par le phénomène "sectaire" il n’était « pas sûr qu'il y en ait un seul. » Confirmation de Carola Arrighi de Casanova, sous-directrice de la Direction des affaires civiles et du Sceau au ministère de la justice : « Je dois d'emblée indiquer que nous ne sommes quasiment jamais confrontés à des situations liées aux sectes » et de Michel Rispe, Chef de bureau de l'entraide civile et commerciale internationale au ministère de la justice : « Il n'y a à ce jour aucun dossier ouvert, parmi les quelque cinq cents dossiers en stock, dans lequel il y ait des allégations d'appartenance "sectaire". »
Alors que la secte antisecte avait déclaré que 60 000 enfants étaient en danger sur tout le territoire national, Joël Bouchité, directeur central des renseignements généraux du ministère de l'Intérieur et de l'Aménagement du territoire avait répondu dans le procès-verbal de la séance du 4 octobre 2006, « lors de nos relations sur le terrain, dans les préfectures, avec l'éducation nationale, les DDASS, les centres aérés et tous les organismes qui traitent de la jeunesse, nous n'avons jamais affaire à 60 000 signalements, ni même à 30 000, mais tout au plus à quelques dizaines…»
On peut vérifier ces témoignages dans le Rapport n° 3507 enregistré à la Présidence de l'Assemblée nationale le 12 décembre 2006. Sommaire des auditions - page 288.
En outre, il suffit d’aller sur le site du CICNS ou de consulter Internet pour voir le nombre de pédiatres, sociologues et philosophes qui s’insurgent contre ces délations liberticides.
Et pour terminer avec l’opposition de la Miviludes aux enfants instruits à la maison qui seraient endoctrinés par un discours stéréotypé, Thierry-Xavier Girardot, directeur des affaires juridiques au ministère de l'Education nationale, de l'Enseignement supérieur et de la Recherche a répondu à la même époque, que sur les 1 119 contrôles opérés, 23 seulement se sont soldés par une mise en demeure de scolariser l'enfant dans un établissement d'enseignement, généralement pas pour des motifs liés à des dérives sectaires, mais tout simplement parce que l'éducation dispensée par la famille ne répondait pas aux exigences du décret de 1999, désormais codifié dans la partie réglementaire du code de l'éducation. (cf. procès-verbal de la séance du 10 octobre 2006).
Écrit par : mora | 22.06.2011
Répondre à ce commentairePuis-je avoir l'autorisation de reproduire intégralement ce commentaire sur mon blog ?
Écrit par : Daniel à Babylone | 10.08.2011
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