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01.11.2007

Les adventistes et la santé '2): L'apport du Dr John Harvey Kellogg, par Jean Luc Chandler

02829c5cf0688cdcc39f35af4ae68d10.jpgEn 1863, la situation est mûre pour une réforme du mode de vie des adventistes du septième jour. Ils ont découvert des doctrines bibliques majeures et ils se sont organisés en Eglise. Libérés de ces préoccupations, ils peuvent prêter l’oreille quand Ellen White lance la « réforme sanitaire », d’autant plus facilement que les Etats-Unis (l’Europe dans une mesure moindre) traversent une crise de la santé. Comme c’est souvent le cas, Ellen White lance l’initiative, présente les lignes directrices et guide les adventistes mais les dirigeants de l’Eglise et les professionnels de la santé se chargent de faire des recherches et de mettre en oeuvre la grande réforme. On y reviendra...


Nous sommes à une époque charnière de l’histoire médicale. Certains médeçins (non adventistes) – Edward Hitchcock, William Alcott, Ruben Mussey, Sylvester Graham, Joel Shew, L.B. Coles, Russell Trall, Mary Groves et James Jackson – lancent une réforme sanitaire. Ils proposent l’abstinence du tabac, de l’alcool, des narcotiques, du café, du thé anglais, des épices, des condiments et des viandes riches en graisse comme le porc. Ils font la promotion du végétarisme, des fruits, des noix, de l’hydrothérapie, de l’hygiène, de l’exercice, du repos et d’une attitude mentale positive. Dans les décennies qui suivront, la science fera des progrès et peu à peu confirmera la justesse de ces prescriptions.

La santé et le retour du Christ

Comme à l’accoutumée, les adventistes cherchent premièrement des évidences bibliques (ils ne négligent pas pour autant les évidences scientifiques mais elles sont insuffisantes à l’époque). Ils découvrent l’existence de principes et de lois de la santé dans la Bible. Ils y trouvent des instructions variées, par exemple, à propos de l’alcool, la graisse animale, le sang, la viande, les maladies de la peau, la circoncision, les plaies, les cadavres, les remèdes naturels, la mise en quarantaine, la moisissure, la menstruation, l’hygiène ou les relations sexuelles. Aujourd’hui, la science confirme l’exactitude remarquable de ces prescriptions.
Les adventistes remarquent aussi des connexions entre la santé et les doctrines bibliques. En tout premier lieu, celle de la nature humaine. Nous avons déjà remarqué que la croyance ancienne d’une dichotomie entre une enveloppe corporelle mortelle et une âme immortelle dévalorise le corps. Elle peut entraîner deux conclusions :

  1. On peut faire peu de cas du corps et le traiter à sa guise, y compris par des excès et des abus.
  2. La santé concerne surtout le corps.  

En revanche, les adventistes notent que pour les hébreux de la Bible, les facultés humaines étaient indissociables. Ils avaient une vision positive du corps. Son fonctionnement les émerveillaient. Ils se réjouissaient d’avoir été créés « à l’image de Dieu », c’est-à-dire avec l’intelligence et la liberté de décision :

« Merçi d’avoir fait de moi une créature si merveilleuse ». (Psaume 139.14)   

Par dessus-tout, les adventistes ne manquent pas de faire le lien entre la santé et la doctrine la plus citée du Nouveau Testament : l’espérance du retour du Christ. Je relis 1 Thessaloniciens 5.23 pour le plaisir – tout est dit :« Que le Dieu de paix vous rende lui-même entièrement saints et qu’il vous garde parfaitement esprit, âme et corps pour que vous soyez irréprochables lors de la venue de notre Seigneur Jésus-Christ Le retour du Christ signifie la fin de toutes les misères, des souffrances et des maladies. Les adventistes se projettent dans l’anticipation joyeuse de cet évênement culminant de l’histoire mais ils ont compris que son attente est active. Elle démarre le processus de restauration personnelle, ici et maintenant.
La restauration est un thème central dans la Bible. Celle-ci souligne que le monde et l’être humain seront restaurés à leur état original de perfection. Les adventistes notent que la conversion (Jésus l’apparente à une « nouvelle naissance ») démarre le processus de restauration. « Salut » et « guérison » sont un seul et même mot dans l’Ecrit sacré. La santé est sur tous les plans. Quand Jésus guérissait un malade, il lui disait, « tes péchés te sont pardonnés », pour signifier qu’il l’avait totalement rétabli, y compris dans sa relation avec Dieu. En bon médeçin, il ajoutait aussi (comme à la femme adultère) : « Va et ne pèche plus ». Autrement dit : « Tu es guérie mais ne recommence pas. Tu seras de nouveau malade ».
Une transformation personnelle progressive se traduit par un abandon des mauvaises habitudes, des accoutumances néfastes, des attitudes et des émotions négatives. Dans la meilleure tradition du christianisme, les adventistes sont sobres et tempérants. Ils ne sont pas les seuls. A l’époque, les sociétés chrétiennes de tempérance (souvent dirigées par des femmes) fleurissent, notamment pour combattre le grand fléau de l’alcoolisme.

 
L’apport de la science

fa2964e5fd9425368f91ce1eb8a5f2e4.jpgEllen White est la plus grande promotrice adventiste de la santé. Elle écrira de nombreux articles, quelques livres excellents et présentera des milliers de conférences sur le sujet. Elle a énoncé les huit principes de la santé mais les médecins adventistes sont ceux qui découvrent leurs causes scientifiques et les font appliquer. Dr. John Harvey Kellogg sera le grand champion de la réforme sanitaire aux Etats-Unis.
Au début des années 1870, James White réalise que des changements s’opèrent dans le monde scientifique. Il estime que les principes de la réforme sanitaire doivent s’appuyer sur une solide connaissance de l’anatomie, de la physiologie et de la chimie. Les médecins adventistes doivent se former dans les écoles qui enseignent les nouvelles découvertes. Il lance le jeune John Kellogg dans des études de médecine à l’université du Michigan, dirigé par le professeur Alonzo Palmer, un réformateur de la santé.
En 1874, White encourage John à poursuivre ses études dans la meilleure école possible. Les White lui prêtent 1000 dollars pour payer ses dépenses à l’école médicale de l’hôpital Bellevue à New-York. Deux ans plus tard, à 24 ans, John accepte avec réticence d’être pour un an le directeur de l’institut de la réforme sanitaire. White a utilisé toute son influence pour convaincre les dirigeants adventistes de lui confier le poste. John est loin de se douter qu’il servira cette institution médicale pendant 67 ans.
Sous la direction de Kellogg, l’institut s’aggrandit, se modernise, acquiert une réputation internationale et accueille jusqu’à 700 patients. Il lui invente un nom : le Sanatorium de Battle Creek. On y accourt pour se faire soigner, les pauvres et les riches, les personnes de sang royal, des chefs d’état et le président des Etats-Unis.A partir de 1883, Kellogg se rendra plusieurs fois en Europe, à Londres, à Paris, à Vienne ou à Berlin, pour apprendre la chirurgie avec les plus grands chirurgiens du monde. La médecine préventive l’intéresse plus que la médecine curative, mais à l’époque, 15 à 20% des chirurgies sont fatales. Il estime que c’est beaucoup trop.
Kellogg popularise grandement la prévention en écrivant des dizaines de volumes et en présentant des milliers d’exposés scientifiques sur les  principes de la santé. Il invente un nom à ce mode de vie : « la vie biologique ». Pour faciliter la pratique d’une vie saine, il invente les fameux cornflakes, les petits-déjeuners à base de céréales, les viandes végétales de substitut, des machines pour faire de l’exercice physique et pour traiter diverses maladies. C’est un pionnier du jogging. Son frère Will s’occupe de la fabrique et de la vente des produits.  


La santé et la mission de l’adventisme

En 1874, les adventistes démarrent leur expansion missionnaire à travers le monde en envoyant John Andrews, le premier missionnaire adventiste officiel, en Europe. En harmonie avec leur compréhension holistique de l’être humain, ils vont développer aux quatre coins du monde, ce que l’historien George Knight appelle « le quadrilatéral », c’est-à-dire l’école, l’hôpital, l’imprimerie et la mission/fédération (qui fédère les congrégations locales). Ils touchent tous les besoins.
Kellogg domine l’action médicale adventiste durant trois décennies. Avec l’aide des dirigeants adventistes, il crée l’Ecole d’hygiène (en 1877), l’Association américaine de tempérance et de santé (1878), l’Ecole de formation des infirmiers (1883), l’Ecole d’économie domestique (1888), le Collège médical missionnaire américain (1895) et l’Ecole normale d’éducation physique (1909) dans le but de former des centaines de professionnels de la santé. Kellogg préside pendant dix ans (1893-1903) l’Association adventiste missionnaire médicale et de bienfaisance (fondée en 1893), qui durant cette période,  construit plus de 30 sanatoriums à travers le monde, un nombre similaires de centres d’hydrothérapie, plus d’une douzaine de restaurants végétariens et des centres d’accueil urbains pour aider les pauvres, les orphelins, les chômeurs, les alcooliques et les prostituées.
Kellogg est dans son élément. Il a de la compassion. « Je n’aime rien davantage, écrit-il à Ellen White, que de faire oeuvre de charité ». Il paye les soins médicaux des pauvres avec tout son salaire. A un moment donné, il sponsorise trente étudiants à la fois. Sa femme, Ella, et lui, s’occuperont de 42 orphelins de différentes ethnies. Ils adopteront cinq d’entre eux.
Kellogg donne une impulsion si forte au système médical, qu’au début du XXème siècle, il y a plus de personnel médical (2000 personnes) dans l’Eglise adventiste que de pasteurs (1500). L’adventisme continuera sur cette lancée. Des recherches le confirment : les adventistes sont en meilleure santé et vivent plus longtemps que la moyenne de la population. C’est leur sens religieux, pas une obligation religieuse, qui explique pourquoi les adventistes prennent la santé au sérieux. Prendre soin de son corps, soigner les malades, les délivrer des accoutumances, en somme commencer l’oeuvre de restauration humaine, sont une partie intégrante de leur mission.

Commentaires

Et le départ bruillant de Kellogg ? Cela doit être intégré dans l'histoire de la santé dans la SDA.

Écrit par : JCharles | 05.11.2007

Bonjour,

Vraiment, ces deux articles sont forts intéressants.

Toutefois pour ce dernier qui concerne Kellog, pourriez-vous nous citer vos sources. En effet, j'aimerais beaucoup obtenir de la bibio sérieuse relative à Kellog et malheureusement celle-ci semble absente des bases de données à ma disposition. De plus les articles présents dans Universalis me laisse sur ma faim.

Merci d'avance,

Béatrice

Écrit par : Béatrice | 05.11.2007

JCharles, l'article porte sur la contribution de Kellogg, en tant que pionnier de la réforme sanitaire, mais ce n'est pas une biographie. Sa défection en 1907, à cause de son adhésion à des idées panthéistes, n'a aucune conséquence sur la conception et l'orientation adventiste de la santé.

Béatrice, mes sources sont en anglais. Si vous lisez l'anglais, je vous conseille l'excellente biographie "John Harvey Kellogg" de Richarch W. Schwarz (pour le commander, voir le site www.reviewandherald.com). Deux autres excellents ouvrages, "The story of our health message" de Dorès Robinson et "The vision bold : an illustrated history of the health reform" de Johns Warren et Richard Utt, sont épuisés.

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