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La pratique du Sabbat chez les adventistes (2)

Je défends l’idée qu’il faut, à côté des apports de chercheurs complètement extérieurs aux groupes religieux, insérer des regards de l’intérieur desdits groupes, pour mieux les comprendre. Vivre avec ces derniers, profiter de l’apport de chercheurs membres de l’organisation, écouter, recueillir les paroles des individus, sont nécessaires à la construction du savoir sociologique. Loin de moi l’idée de "compromission" (le terme me cause problème). Il faut rendre compte respectueusement, mais sans "complaisance" scientifique du groupe analysé. Pour illustrer, je vous livre un extrait de mon carnet d’enquête, écrit, quelques minutes dans un café, après une observation au sein d’une communauté de l’Eglise Adventiste du 7ème Jour dans le Nord de la France.

« Le sabbat est un élément vraiment particulier. Les individus sont habillés de manière plus soignée qu’en semaine. Il semble que les noirs donnent plus d’importance à cela. Certainement il faudrait relier cela à la place du paraître dans ces sociétés noires où l’acquisition d’une reconnaissance sociale passe par la présentation de soi Peut-être que c’est une manière de définir la religion chez les minorités issues d’une histoire coloniale ? A voir. Il ne faudrait pas oublier de relire les travaux de Girondin Jean Claude. Je dois faire attention aussi aux lectures postcoloniales intégristes, quasi négrocratique du monde.
Revenons… Tous sont bien habillés le sabbat. Les gens défilent et se congratulent sur leur paraître. "Elle est bien ta cravate ; Tu sens bon ; Ton mari est bien comme cela…" Cela me rappelle quand même les grands rendez-vous mondains parfois. Mais ce qui me frappe plus c’est la même question "Et ta semaine ?". Elle ne semble pas avoir le même sens que chez les évangélistes par exemple où ont devine uniquement qu’il s’agit de prendre des nouvelles d’une personne que l’on n’a pas vu durant une semaine. Chez les adventistes c’est le cas aussi.
Mais cette question, posée, le sabbat marque également la rupture avec le reste de la semaine qui intègre le dimanche, et donc s’oppose, se légitime par rapport aux autres groupes religieux.

Le programme commence dans un brouhaha de conventions. "Bonjour, bisous, salut" etc. Les chants, les prières, les discutions, les témoignages défilent lors de la première partie du programme. Le centre de ce premier temps du rituel adventiste est l’échange autour d’un thème développé en semaine qu’est l’Ecole du Sabbat. En fait il s’agit d’une catéchèse, organisée en petits groupes. Le deuxième temps demeure le prêche traditionnel commun dans sa forme à de nombreux groupes protestants. La sortie dans l’église après la prédication est très orchestrée. Elle est gérée par deux diacres qui agissent de manière parallèles. Après que les officiants du culte (prédicateur et animateurs) aient quitté l’estrade, diacres et diaconnesses arrivent et invitent les personnes qui ne restent pas dans la méditation, à quitter la salle de culte. Cela se fait dans un étonnant silence. Les diacres s’approchent des bancs, et d’un geste discret, font sortir les individus en rang. Ceux-ci arrivent devant les officiants qui étaient en chaire lors du culte pour les saluer. Tous les individus défilent devant ces derniers et les remercient pour le culte. L’organisation semble bien ficelée. Dans un retour quasi mécanique, malgré sa variété, le prédicateur renvoie le remerciement et insiste sur le fait que toutes congratulations doivent être destinées à Dieu dont il est l’ouvrier. Le plus intéressant reste pour l’instant les interactions après le culte (le prêche). Les invitations fusent à haute voix. Le sourire, la construction d’une convivialité, sont importants. Les échanges semblent renforcer l’idée qu’il "est bon pour des frères de demeurer ensemble" comme le dit la chanson, surtout un sabbat. Les individus reviennent sporadiquement sur le contenu de la prédication. Mais l’essentiel demeure dans une interaction, où de manière intuitive, indescriptible, tous construisent un climat, une hutte, hors de la société qui est à "l’extérieur", que le bonheur est actuellement dans l’adventisme, à "l’intérieur" ! La convivialité, la jovialité sont flagrantes. Mais ils ne doivent pas empêcher de remarquer quelque chose de surprenant. Il me semble que les individus, ne s’invitent pas de manière aléatoire. Les échanges semblent être toujours orientés entre les mêmes individus, malgré le souci de montrer une unanimité, un parage sans frontière de la "bonté divine". Comment s’organisent, se structurent ces échanges ? Comment en rendre compte sociologiquement pour dépasser l’intuition et arriver au discours scientifique ? Voilà un défi méthodologique qu’il va falloir surmonter en construisant mon appareillage méthodologique. Comment aussi faire le lien avec une autre impression du terrain : les individus rationaliseraient fortement leur choix parfois extrêmement couteux d’observer le sabbat.

L’échange qui suit que j’ai reconstitué immédiatement après en avoir été témoin, de mémoire, est très parlant sur ce fait. Il s’agit d’un individu que j’appelle Jean-Pierre et qui trouve un encouragement auprès de Marie pour s’être positionné de manière conflictuelle dans son univers professionnel, pour "obtenir son sabbat".

Marie : Quoi que les gens te disent dans ton boulot, tiens ferme la main du Seigneur. Les bénédictions à venir valent toutes les souffrances d’aujourd’hui. Toi tu sais qu’il vaut mieux obéir à Dieu plutôt qu’aux hommes.
Jean-Pierre : Dans cette histoire pour que j’arrive enfin à avoir mon sabbat ce ne sont pas vraiment les gens du boulot qui me perturbent, mais se sont les pressions dans la famille, les silences, le fait qu’on en parle pas. Ce n’est vraiment pas facile quand tu as besoin de soutien que je ne retrouve pas dans une famille non adventiste. Au contraire, c’est l’incompréhension totale.
M. Oui c’est vrai et il faut l’avoir connu. Ceux qui ont des parents, ou des conjoints chrétiens n’ont pas les mêmes problèmes. Moi je me rappelle quand j’ai commencé à suivre le Seigneur. J’ai eu comme toi des difficultés dans mon travail. Cela était encore gérable. J’étais prête à me faire licencier je m’en foutais, mais c’est dans ma famille que cela n’allait pas. Mon mari, surtout lui, je dis surtout, mais en faite ce n’est que lui, qui m’a posé de gros problèmes. Moi je venais d’une famille très catholique tout comme lui. Alors il ne comprenait pas pourquoi je me risquais à perdre mon travail et indirectement à mettre en péril toute la famille. Alors après cela quand il a appris que je donnais au Seigneur son dû, ce fut presque que le divorce ! Mais en tenant bon, en persistant dans la prière, en lui montrant que ma nouvelle foi m’aidait à être une meilleure mère pour les enfants, une meilleure épouse, au fur à mesure cela a été jusqu’à ce que ce soit lui qui me pousse à ne pas abandonner mon combat pour le sabbat et la fréquentation de l’église. Mais ce que je te dis là, cela a duré 5 ans ! Attention ce ne fut pas du jour au lendemain. Par la grâce de Dieu, j’ai trouvé un nouveau et meilleur travail, mon couple comme tous les autres à des hauts et des bas, mais mon époux comprend mon engagement dans l’église adventiste. Tout cela parce que j’ai persisté et que je montrais à tout le monde ma détermination et surtout, surtout, surtout, que ma nouvelle foi faisait de moi quelqu’un de meilleure. Alors tiens bon. Ne penses pas jusqu’à quand il faudra te battre et tenir ; Simplement bas toi et tiens bon. Tu sais aussi que tu peux compter sur tous, moi je suis à ta disposition si tu veux que l’on fasse des démarches, que l’on prie ou qu’on en cause encore.
J-P. C’est vrai si le Seigneur t’a accompagné et bénit c’est que certainement la chose qu’il faut faire c’est lui rester fidèle. Tu ne peux pas imaginer le bien que cela fait de savoir qu’ici on peut partager nos expériences. Et le fait que tu me dises être passée par des travers semblables aux miens, aujourd’hui cela m’encourage. C’est certainement la volonté de Dieu que l’on n’en parle à tout hasard maintenant car tu m’encourages, vraiment tu m’encourages surtout par le fait de voir que ce que tu dis vient de ton expérience et non d’une opinion vague, me touche.

Quelle est cette forme de rationalité que met en œuvre l’individu, où l’observation du sabbat primerait sur :

  1. les gains financiers
  2. l’équilibre de ces relations professionnelles
  3. l’équilibre des relations familiales

Il y a là une perspective à creuser (…) ».

Commentaires

  • Attention Fabrice, Ne t\'aventure pas trop loin.
    Hébreux 11:1: \"La foi est une ferme assurance des choses qu’on espère, une démonstration de celles qu’on ne voit pas.\" et tu chercherais a rationaliser tout cela? \"Il y a là une perspective à creuser (…)\".
    Il y a incompatibilite certaine entre FOI (et tout ce qui en decoule) et SCIENCE.

  • Je ne reconnais pas la personne dommage. Il faut juste noter que c'est un critique récurente qui fait fi de trois choses:
    1. Le terme de "rationalité" pour le sociologue n'a pas popur but de dire que le religieux ne l'est pas. Au contraire. La sociologie nous démontre qu'il est tout à fait rationnel de pour un individu, de faire le choix de croire en Dieu et de développer tout un ensemble d'interactions sociales en lien avec ce choix. Pour ma part, je pense que cela l'est plus que le contraire.
    2. Cette opinion donnée, je me permets deux versets aussi :
    Proverbes 1:7 La crainte de l'Éternel est le commencement de la science; Les insensés méprisent la sagesse et l'instruction.
    Dire qu'il y a incompatibilité entre science et foi c'est contredire ce verset. Moi je ne prends pas ce risque. Parcontre il y a certainement une incompatibilité entre une certaine pratique scientifique et la connaissance de Dieu. Cela oui. Attention à ne pas être trop affirmatif. Savez-vous qu'un pasteur est aussi un scientifique ? Et oui.
    Et pour finir Esaïe 11:2 L'Esprit de l'Éternel reposera sur lui: Esprit de sagesse et d'intelligence, Esprit de conseil et de force, Esprit de connaissance et de crainte de l'Éternel.
    3. Quand je dis qu'il y a une perspective à comprendre j'entends qu'il y a une perspective à creuser, quelque chose à mettre en évidence à partir des concepts de la sociologie. C'est ce que j'ai fait dans ma thèse de doctorat et que je me propose de poursuivre.

  • Bonjour,
    Je suis adventiste et j'ai l'habitude de voyager sur ton blog. je suis surpris de voir que des adventistes comme moi (je suis certain que l'inconnu est adventiste) opposent encore religion et valeur. Si on reprend ce que tu dis sur la santé et la religion chez les adventistes, cela montre bien que l'adventisme est une religion qui fait le lien entre foi et sciences ?

  • Cher ami,
    Je découvre par hasard votre blog (très intéressant) et je suis surprise de votre analyse après moment passé dans une communauté adventiste. Je ne commenterais toutefois qu'une chose dans le dialogue entre cette personne qui "se bat pour avoir son sabbat" et les motivations qu'elle est sensée avoir (les bénédictions). Je suis adventiste du 7ème jour et je crois pour ma part que ma vrai motivation est dans le fait que J' AI DEJA RECU les bénédictions et c'est une attitude de reconnaissance en face d'un si grand amour qui me motive premièrement. D'autre part, je ne pense pas que la foi de quelque individus que ce soit puisse être "rationnelle". Avoir la foi, Vivre sa foi est un domaine insondable pour celui qui ne croit pas... Pour moi, le fait d'oser (dans notre société) demander de ne pas travailler le sabbat lors d'un entretient d'embauche, de prendre le risque de ne pas être embauchée ou d'être mal considérée par mes collègues a été une force. Adventiste ou pas, les gens sont obligés à un moment donné d'être honnêtes et de reconnaître ce que l'on vaut, que les adventistes ne sont pas des extra-terrestres, qui cherchent pas à déséquilibrer les relations sociales, professionelles et familiales. Quand on avance en accord avec sa conscience et la compréhension que l'on a de ce que professe l'église à laquelle on se rattache, en face les choses se passent mieux. C'est ma vie, mon témoignage et je n'en ai pas honte. Malgré les conséquences, " Il faut obéir à Dieu plutôt qu'aux hommes". Ce qu'a été mon cheminement dans l'adventisme hier n'est plus le même aujourd'hui parce que chaque aspect de la doctrine se comprend de mieux en mieux et se vit en conséquence...
    Un autre point concernant les tenues vestimentaires chez les adventistes noirs. Il est vrai qu'il y a quelque chose de mondain dans certaines façons de faire. Cependant, pour beaucoup, le sabbat est une fête à laquelle nous sommes conviés. Comment donc répondons-nous à cette invitation ? Je viens en présence de LA MAJESTE de l'univers et, tout comme je ne me présenterais pas à un entretien d'embauche ou devant un chef détat n'importe comment, je soigne ma tenue car je fais honneur à celui qui m' invite !!! Toutefois, mon habillement ne détourne pas l'attention des adorateurs sinon, là, ya un hic.
    Il ne faut tout de même pas généraliser.
    Que Dieu vous bénisse pour le travail que vous tentez avec ce blog que j'aurai plaisir à visiter maintenant que je le connaîs.

  • Marie-Line,
    Votre commentaire illustre très bien les échanges et présentations précédentes, surtout autour du sabbat. En ce sens je vous en remercie. Pour ce qui est de la rationnalité, il y a effectivement une polémique. Le terme n'est pas utilisé au sens négatif. Il ambitionne dans une approche sociologique à démontrer que l'adventiste est loin d'agir sans une cause profonde. Si vous voulez il s'agit d'un rapprochement avec l'attitude des béréens. Présenté ainsi il y a consensus entre votre remarque et ma démarche. J'espère vivement vous relire. N'hésitez pas à faire part autour de vous de cet espace d'échange.

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